Nous venons d’arriver en Turquie pour notre premier jour de video blog reportage. Le voyage s’est bien passé et nous avons réussi à trouver une connexion correcte quoique très faible. Nous avions rendez-vous avec Betul Tanbay, une mathématicienne proche du journaliste Hrant Dink, assassiné le 19 janvier dernier à Istanbul. Pour cette première séquence, nous avons notamment relayé la question d’Alexandre (postée sur ce blog) portant sur l’affaire du président du Parti des travailleurs turcs, condamné en Suisse pour négationnisme.
Video filmée ici :
Vous faites un travail magnifique, merci.
Arménien de la diaspora, il m’est bien évidemment difficile de comprendre l’attitude de cette journaliste par rapport à la reconnaissance du génocide. Il me semble que lorsque tant de démarches conciliatoires, tant de propositions de compromis ont été faites sans aucun résultat, une démarche plus “punitive” est plus appropriée. Pour s’opposer à une loi, il faut une contre-loi. Par exemple, il y a des lois de non-égalité des femmes et des hommes dans certains pays musulmans, pourquoi y a-t-il une loi d’égalité chez nous? Personne, ou peu, ne s’est élevé contre. Je trouve sur ce point très juste qu’il y ait une loi punissant le négationnisme en France. Les remarques sur la liberté d’expression me semblent à ce propos mal venues, et frisant une idéologie brune rampante.
Merci et bravo à vous deux. La reception de l’image et du son sont très bons. On ressent un certain trouble dans les réponses et les propos de cette mathématicienne, bien qu’elle donne le change dans son assurance. Pas évident pour eux…
Bonjour! J’admire votre initiative, mais d’autre part, je trouve cruel d’interroger des personnes en Turquie, qui savent que leurs propos peuvent être mal interprétés et les conduire à la prison, ou même à la mort, comme cela a été le cas pour Hrant Dink. Comment parler librement dans ces conditions? Et puis, en ce qui concerne la liberté d’expression: elle doit être respectée, mais elle a des limites. La diffamation, par exemple, est passible de punition. Nier le génocide, c’est infliger une grande douleur aux descendants des victimes et des survivants, et c’est la raison pour laquelle la loi interdit cette négation. Peu de gens semblent être contre le fait que la négation de la Shoah soit punie, pourquoi devrait-il en être autrement avec le génocide des arméniens?
Armand> La personne que nous avons interrogée n’est pas vraiment journaliste :) mais mathématicienne et surtout une proche de Hrant Drink. Sa position du le génocide arménien est très claire (comme le fut celui de Hrant Dink). La reconnaissance pleine et entière de ce qui s’est passé. Elle estime pourtant que la pénalisation de la négation pourrait être contre-productive en donnant aux négationnistes un argument de victimisation.
Je crois qu’il est important d’entendre toutes les positions du moment qu’elles sont respectueuses de chacun.
Merci pour votre contribution. :)
Alexandre> Il semble d’après ce que nous a dit Betul que la situation est effectivement assez tendue sur place…
Muriel> Merci pour votre mot. :) Nous faisons très attention à ne pas mettre nos interlocuteurs dans une situation délicate en Turquie. Le sujet de la pénalisation de la négation est un vaste débat. En France aussi certains se prononcent contre cette pénalisation que ce soit pour le génocide arménien ou même la Shoah. Tous ceux qui doutent de l’efficacité d’une telle pénalisation ne sont bien évidemment pas tous des négationnistes (comme Hrant Dink lui-même).
[...] première vidéo vient d’être publiée. N’hésitez pas à venir nous laisser un mot. [...]
Bonjour,
Etant donne cette “situation delicate” est ce que vous prevoyez d’interroger des gens un peu au hasard au risque de reactions hostiles?
Bravo et bonne continuation
Doit on accepter le racisme sous le pretexte de la liberté d’expression? Si non alors pourquoi accepter le négationnisme? J’ai l’impression que le nationalisme actuelle dont la turquie est malade depuis 92 ans confine à du racisme ou ” l’autre” est tjs de trop mais que personne ose le dire ouvertement en raison de cette tradition depuis l’époque de la fondation de la republique turque en 1923.
PS :
Le mausolée de Talat pacha se trouve à Istanbul pourriez-vous nous en montrer quelques images merci!!
De même il existe un boulevard Talat pacha. Peut-on imaginer un boulevard adolph Hitler à Berlin?
Le quartier arménien est à Beyoglu demander à la population de vous expliquer ce qui s’est passé en 1942 ( les non musulmans ont du verser un impot supplémentaire et s’ils ne payaient pas directement camps de travail) et 1955 (pogrom anti grecs et arméniens ou les maisons et magazins à détruire étaient marqués par une croix)
Que pensez du message du premier ministre turc en voyage à Bakou ce week end est qui a dit ” la vérité ne se batie pas sur des mensonges”. Qui est le menteur dans cette histoire?
Salut très cher Tristan,
Bravo et merci d’être le relais temoin de l’état des lieux de notre condition humaine. Le devoir de transmission est un devoir sacré. Car sans cela l’oubli, à l’instar des herbes folles, ensevelit très vite les faits commis et permettent, ainsi la continuité des barbaries. Tu es courageux et droit. Je suis fière de toi ;-)
Bravo aussi à Alban, si jeune et déjà si concerné par les malheurs du monde.
Bien à toi,
Il est intéressant d’avoir le point de vue d’une mathématicienne, qu’en est-il de celui des enseignants?
Dans les programmes scolaires comment est traitée cette période de l’histoire de la Turquie . Comment les historiens turcs l’évoquent-ils?
Bonne continuation.
Pierre.
Première interview très intéressante sur la question de la pénalisation en effet de la négation du génocide. Est-il possible sans pénalisation qu’il y ait mémoire ? Je fais partie de ceux qui pensent qu’en effet, la pénalisation à savoir le passage de la recherche de la vérité historique à la loi est néfaste à la question de la mémoire, posant un cadre coercitif excluan le débat. Or, comme un certain nombre d’historiens (je précise non révisionniste) ou de philosophes (idem) je pense qu el’histoire est une construction fragile, une recherche fastidieuse d’éléments, et qu’il soit dans sa nature d’être discutée, rectifiée appréciée selon les conditions de sa pratique et non le cadre a priori de la loi.
Quels sont les prochains interviewés ? Ce serait bien d’avoir la liste.
Dans tous les cas je vois que d’emblée il y a une plus grande participation à ce blog-trotter que le premier ou bien celui que nous avons mené ces 15 derniers jours au Maroc ( vlog-trotter)
Je mets votre logo et un post cet aprem sur vlog-trotter, renvoyant à votre recherche.
Bonjour les blogtrotters. Vous n’avez pas froid aux yeux en l’état actuel des choses dans ce pays. Chapeau. Mais après tout vous êtes français, cher pays des droits de l’homme. Alors allez-y, ne vous gênez pas. Comme le dit Brad, plus haut, faites un micro trottoir dans la foule. C’est le meilleur “panel” ! Et puis si vous pouvez rencontrer le patriarche arménien Mutafian, qui lui aussi est menacé de mort, il serait instructif que vous lui posiez cette question dans le texte : ” Comment alliez-vous votre arménité face au génocide qu’a subit votre peuple, sa non reconnaissance par l’État et votre vécu ici ?”. Si la réponse est sibylline, tentez d’obtenir une réponse claire. Merci. Je sais que ce n’est pas évident. Au nom de tous les miens.
Maxence.
Bonjour Tristan,
Je comprends tout à fait votre position à propos de la loi sur la négation du génocide arménien et en partie celle des turcs qui pensent que cette loi ne fait qu’alimenter la haine.
En revanche nous ne pouvons dire que depuis 1915 la Turquie ait faite des efforts vis-a-vis de la reconnaissance du génocide mais bien au contraire en éduquant la contre thèse du génocide.
Comment les arméniens peuvent-ils se proteger contre un état négationniste qui méne un combat international contre la diaspora arménienne.
Comment la diaspora armenienne peut-elle aprés 92 ans avoir un respect de son histoire si elle ne se protége pas.
On pourrait peut-être demander à Betul Tanbay si le débat sur la reconnaissance du génocide arménien n’est pas faussé en Turquie dans la mesure où l’on confond liberté d’expression et insulte à l’idetité du peuple turc (article 301 du code pénal). Donc, plutôt que de s’offusquer de la pénalisation de la négation du génocide en France ou en Suisse, ne vaudrait-il pas mieux pétitionner pour la suppression de cet article infâme.
Par ailleurs, où en est la demande de création d’une commission scientifique internationale sous l’égide de l’ONU pour étudier la question historique du génocide arménien ?
L’article 301 du code pénal a été rédigé par des députés turcs d’extrême droite pour s’assurer dans la perspective d’une adhésion à l’Union européenne que l’affirmation du génocide arménien ou la critique de l’occupation militaire de Chypre Nord seraient toujours pénalisées. Où en est la question de son abrogation ?
Peut-on envisager une abrogation de l’article 301 alors qu’il a été rédigé pour pénaliser l’affirmation du génocide arménien et l’occupation militaire de Chypre Nord par des députés d’extrême-droite ?
Très intéressant cette première interview. Et si effectivement il y a une pression sur les intellectuels en ce moment, on peut discuter du génocide en Turquie, il ne faut pas caricaturer la situation. Francky, il n’y a aucun mausolée Talat Pacha en Turquie! Il est enterré dans un coin de cimetière où personne ne va. Son corps a d’ailleurs été rendu à la Turquie par Hitler puisqu’il avait été assassiné à Berlin. Et à part quelques extrémistes, personne ne se réclame de cet héritage.
Quant à la position de Betul Tunbay, elle reflète la position des démocrates turcs et des Arméniens de Turquie. Si le but est de parvenir à une reconnaissance du génocide par la Turquie, alors traiter les Turcs d’affreux négationnistes est simplement contre-productif. Armand, en France la loi Gayssot réprime le négationnisme de la Shoah. A l’époque, des historiens et intellectuels avaient souligné qu’elle risquait de restreindre la liberté d’expression. Cela ne veut pas dire qu’on soutient Faurisson. De même pour le génocide arménien. Et au passage, il n’y a aucune loi qui ait été votée en France sur la négation du génocide arménien.
En revanche, vous annoncez un vidéoblog sur le génocide arménien et la première interview parle de Hrant Dink. N’est ce pas une première confusion? Hrant Dink n’a pas été assassiné parce qu’il était d’origine arménienne mais bien pour ses idées démocratiques.
Guillaume,je ne vois pas en quoi traiter les turcs de négationnistes (affreux, c’est vous qui le dîtes) serait contre-productif. Pour moi, ce qui est contre-productif c’est le maintien de l’article 301 dans le code pénal turc, tout le reste c’est de la littérature. Croyez-vous sincèrement qu’en disant que les turcs ont une haute estime de la recehrceh historique, vous allez être productif ?
Guillaume, en France la loi Gayssot a été votée parce que le négationnisme de la Shoah ne pouvait pas être pénalisé par une loi existante et notamment la loi de 1972 qui ne punit que les propos racistes ou antisémites pas la négation de faits historiques.