Pour cette cinquième séquence, nous avons rencontré Ahmet Kuyas, maître de conférence à l’université de Galatasarai. Nous évoquons avec lui le traitement de la question arménienne dans les manuels scolaires en Turquie, comme avez été quelques-uns à nous le demander. Nous réalisons jour après jour combien le sujet est sensible, mais gardons espoir que vous pourrez tous en débattre sereinement sur ce videoblog.
Pour aller plus loin : Audio uncut de tout l’entretien avec Ahmet Kuyas, ci dessous
http://blogtrotters.fr/contenu/son/kuyas.mp3
Pyaz, c’est quand même fort de dire qu’il n’y a aucune haine des turcs envers les arméniens en Turquie. Hrant Dink, par qui a -t-il été assassiné, un chinois ?
Les gavours ” mot signifiant infidèle en turc “est utilisé pour désigner les arméniens. Il sous-attend qu’en tuant l’infidèle, on va au paradis…Pour tuer 1.5 millions de personnes en quelques mois, il faut vraiment les aimer.
Ce que vous dites, cher Pyaz, malgré tout le rsspect que je vous est complétement en dehors de la réalité.
Plus je lis Deniz notamment sur La guerre d’Algérie et le génocide culturel que la France aurait commis en Algérie, plus je trouve cela désolant. Enfin, il faut croire que l’attaque est la meilleure défense mais ce n’est pas cette façon de voir les choses qui va faire avancer le débat.
Plus je discute avec les turcs sur ce blog, plus je suis pessimiste sur les relations possibles entre turcs et arméniens. On ne peut pas dialoguer avec des gens d’une aussi mauvaise foi.
Je souhaite rebondir sur un passage contenu dans le commentaire de Zabel, passé inaperçu dans le débat : « Ensuite les Arméniens ont voulu parler de ce qu’ils avaient vécu et du fait que les fautifs de ces malheurs non pas été poursuivis. La voix diplomatique a pointé son nez mais malheureusement il y a eu le terrorisme. Je le déplore profondément. Mais au niveau international, c’est cela qui a enclenché le débat, là on a commencé à ouvrir des dossiers et des archives pour nous écouter. A part une dérive que nous regrettons profondément, les personnes assassinées étaient des représentants du gouvernement, soit dit en passant »
Je pense que ce passage qui contient la clé du raisonnement d’une partie des Arméniens mérite une analyse approfondie, parce qu’il est révélateur d’une haine stupéfiante et met en évidence toute la difficulté du dialogue. En effet, à partir de 1973 de nombreux diplomates turcs (environ 40) ont été assassinés par l’ASALA – l’Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie – (groupuscule terroriste arménien dont Patrick Devedjian fut l’avocat) qui annonce en 1975 sa naissance : « Le temps est arrivé pour notre peuple de se redresser et d’exprimer sa volonté au moyen de la lutte révolutionnaire armée, seule solution pour réagir contre la menace turque réactionnaire. » Par exemple en 1976 à Beyrouth le premier secrétaire de l’ambassade de Turquie qualifié par l’ASALA d’ « espion turc en contact avec les services de renseignement sionistes-impérialistes » est assassiné. Le lendemain, à Beyrouth, trois diplomates turcs sont blessés dans une fusillade.
De nombreux diplomates sont également assassinés à Paris. L’attentat le plus marquant (et le premier en ordre chronologique) est celui qui vise le 24 octobre 1975 l’Ambassadeur de Turquie à Paris, Ismail Erez et son chauffeur, Talip Yener, tous les deux décèdent suite à une attaque à main armée sur le pont de Bir-Hakeim. En 1979 le conseiller au tourisme de l’Ambassade de Turquie sera abattu sur les Champs-Élysées, la plus belle avenue au monde. (Un excellent livre de Bilal Simsir « Les diplomates martyrs » revient en détail sur l’ensemble de ces assassinats). Le livre précise que le Ministère des affaires étrangères turc est la seule institution publique non armée au monde qui a connu un tel carnage parmi ses membres. (Voyez vous, moi aussi j’arrive à diversifier mes lectures)
Mais revenons à la phrase clef dans le commentaire de Zabel qui dit : « A part une dérive que nous regrettons profondément, les personnes assassinées étaient des représentants du gouvernement, soit dit en passant » … Marquons un temps de silence pour méditer… Et décryptons cette phrase énigmatique pour les non-spécialistes du terrorisme arménien. La « dérive » dont parle Zabel n’est pas l’assassinat bien entendu des diplomates turcs. Zabel parle de l’attentat d’Orly. En effet, une bombe explose le 15 juillet 1983 à l’aéroport d’Orly devant le bureau de la Turkish Airlines. L’explosion fait huit morts, dont quatre Français, deux Turcs, un Suédois et un Américain, et environ soixante blessés. Trois membres de l’ASALA (Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie), Varoujan Garbidian, Ohannes Semerci et Soner Nayir, arrêtés par la suite, ont été jugés à la Cour d’Assises de Créteil entre le 9 février et le 2 mars 1985 et condamnés, Garbidian à la réclusion à vie, Nayir à quinze ans de prison et Semerci à dix.
Donc pour Zabel la dérive, ce sont ces morts étrangers ; les quatre Français, les ressortissants suédois et américain, parce que selon cette logique l’assassinat des représentants du gouvernement turc sont bien évidemment légitimes, soit dit en passant. Je suis frappé par la parenté entre ce raisonnement et celui de Yves Ternon (« historien objectif » et ex-chirurgien) qui justifie par une déclaration similaire d’une extrême humanité le carnage des diplomates turcs de Los Angeles à Beyrouth, de 1974 à 1994, c’est-à-dire pendant 20 ans.
Cette logique, c’est celle des terroristes palestiniens, des terroristes islamistes qui pensent que pour faire avancer leur cause, il serait légitime d’assassiner. Cette logique est également celle des assassins de Hrant Dink qui pensent que l’on peut tuer des gens pour les faire taire. Si les assassins de Hrant Dink pensent que les gens ne vont plus s’interroger sur les évènements de 1915 parce qu’ils ont commis cet odieux attentat, ils se trompent, tout comme vous Zabel… soit dit en passant.
Tous les bien-pensants de l’intelligentsia française, de BHL à Serge Klarsfeld, connaissent-ils ces épisodes sanglants de la cause arménienne ?
Quand Hrant Dink a été assassiné, cent milles turcs ont crié haut et fort, avec dignité qu’ils étaient tous des Arméniens. En France, y a-t-il eu un seul Français ou un seul Arménien pour dire qu’il se sentait turc ce jour du 24 octobre 1975.
Le diable est diable parce qu’il se croit bon. Le diable, c’est cette haine et colère dont nous n’arrivons pas à nous débarrasser.
Richard, ce n’est parce que Hrant Dink a été assassiné par un raciste que la Turquie est remplie de racistes même si tous les observateurs sont d’accord pour dire qu’il y a une montée du nationalisme. Je ne pense pas que ce soit par racisme que les Arméniens ont été massacrés en 1915. S’ils avaient étaient Espagnols, Chinois, Italiens etc… et s’étaient trouvés dans la même situation que les Arméniens, il se serait passé la même chose. C’est la différence avec le génocide des juifs par exemple qui était motivé par la haine du juif parce qu’il était juif, par la volonté de purifier le sang allemand de toute impureté et l’impureté c’était le juif.
N’oubliez pas non plus que Hrant Dink était un journaliste et que de ce fait il était exposé comme le sont tous les jornalistes. Il est le 52e journaliste assassiné depuis la création de la république. C’est malheureux à dire mais bcp de journalistes recoivent des menaces de mort, bcp sont accusés de traitrise, d’être des agents au service des étrangers. En Turquie même le Premier ministre peut être publiquement accusé de traitrise sans que ça n’émeuve bcp de monde. C’est du folkore chez et je pense que ce n’est pas différent chez vous car il me semble que vous avez tendance à accuser de traitrise toute personne qui n’est pas exactement dans la lignée majoritaire.
Quant au mot gavur, qui signifie infidèle, il était employé et peut être qu’il l’est encore pour désigner les non musulmans. Les arméniens pourront vous dire que même un arménien loué par les Turcs pour son honnêté pouvait être qualifié ainsi. Quant au reste de votre phrase “on tue un chrétien et on va au paradis” et bien il ne reflète que vos propres préjugés sur les musulmans.
Merci à Tristan pour ce qu’il a dit et je souligne que me concernant, c’est réciproque.
Merci Tristan pour cette interview que je viens d’écouter à nouveau en différé. J’en retiens plusieurs choses importantes pour la compréhension du débat : jusqu’à tout récemment on ne parlait même pas de “massacres d’arméniens” quand on abordait la période 1908-1918 dans les manuels scolaires, alors qu’à Istanbul on fréquentait des arméniens. On était donc dans l’ignorance complète de leur histoire. Aujourd’hui on commence à en parler mais on est au tout début du débat.
Je ne crois pas que cette explication soit suffisante. Si l’on commence à en parler c’est uniquement parce que les faits sont têtus et qu’ils sont là malgré le silence passé. Si l’on est dans l’ignorance, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas, c’est parce qu’on ne veut pas savoir. On est dans le refoulement collectif d’un crime originel que Ahmet Kuyas accepte de désigner en tant qu’historien crime contre l’humanité. Et si le qualificatif de “génocide” est encore considéré comme inacceptable pour un turc car renvoyant à la barbarie nazie de la Shoah, je pense qu’il faut alors expliquer la Shoah en turquie pour la démythifier. En France on admet par exemple depuis peu de temps que la barbarie nazie a été le fait de non de monstres inqualifiables mais de gens souvent très ordinaires et déresponsabilisés sous l’effet d’une dilution des prises de décision comme l’a montré notamment le procès Papon ci-dessus évoqué. Un peuple majeur n’a pas à rougir du terme de génocide. Il a à rougir uniquement de ne pas vouloir savoir et d ene pas chercher à “enterrer ses” morts pour reprendre l’expression d’Ahmet Insel.
Tiens, pour une fois, je trouve que ce que dit Deniz n’est pas tout à fait dénué de sens. Moi aussi j’ai tiqué quand j’ai lu ça. Le terrorisme est innacceptable parce que les victimes, a priori, n’étaient coupables que d’être turques. J’étais un peu jeune à l’époque pour me rendre vraiment compte. Désolé, Zabel, mais de tels propos de font pas progresser la cause arménienne.
Ceci dit, Deniz, Ankara est seule responsable de la réputation qu’elle donne aux Turcs. Si personne ne défile dans la rue en disant “nous sommes tous des Turcs”, ce n’est pas pour rien, et pour la majorité, croyez-moi, ce n’est pas par racisme. Non, et si vous affirmez que les Arméniens sont à l’origine de la réputation faite aux Turcs, c’est vraiment leur donner une force et une importance qu’ils sont, hélas, loin d’avoir.
Vous faites allusion à Patrick Devedjian. J’ai tiqué une fois de plus. Monsieur Devedjian est à l’origine du fameux projet de loi en France et c’est sûrement pour cela que vous essayez de l’égratigner au passage. Disons de suite que je ne partage aucun des ses choix politiques. Ceci dit, Deniz, dans un pays démocratique comme la France, le plus odieux des criminels a droit à un avocat. Et ce n’est pas parce qu’on est l’avocat de l’ASALA qu’on partage obligatoirement ses idées et je ne pense pas que Monsieur Devedjian soit un terroriste, aussi “irritant” soit-il en d’autres circonstances.
Vous avez certainement fait votre enquête à mon sujet (allons, allons…), et je n’ai pas à cacher, au contraire, que Patrick Arapian, cette fois-ci, est mon cousin germain. Il a soutenu le procès contre Lewis, pour des raisons évidentes, mais de par son métier, dans un pays démocratique, il a dû défendre les pires criminels (dont Klaus Barbie…) et je peux vous affimer qu’il est tout à l’opposé d’un criminel nazi.
Non, Deniz, là aussi vous faites fausse route…
Piyaz> “Qu’est ce qu’il y a fond de votre coeur à l’égard des Turcs?” Mais il suffit de relire mon post et vous trouverez la réponse : contre les Turcs, pas plus que contre n’importe quelle autre nationalité, rien. Parlons de la politique d’Erdogan, c’est une autre paire de manche, mais c’est un chemin glissant dans lequel je ne m’aventurerais pas. Mais dites donc, Piyaz, serait-ce encore une façon de faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit? Heureusement que les écrits, ici, restent (si le site ne se fait pas hacker), et tout un chacun pourra juger par lui-même.
J’espère, Tristan et Alban, que vous faites des sauvegardes régulières de votre base de données. Ce serait dommage de perdre ce qui a été dit ici, même si cela ne fait pas beaucoup avancer le schmilblic…
Pour ce qui est de la commission mixte et l’ouverture d’archives proposée par la Tuquie, voilà une chronique du plus grand chroniqueur turc, Mehmet Ali Birant, dans le Turkish daily news, datant de cela fait quelques jours seulement, qui explique pourquoi ça a échoué dernièrement pour Sarafian (un historien arménien) et le big boss de l’institut d’Histoire turque:
“Dans un éditorial publié mercredi 14 mars 2007 dans le quotidien turc « Turkish Daily News » le chroniqueur Mehmet Ali Birand revient sur l’échec d’une enquête conjointe proposée par Yusuf Halacoglu directeur de l’Institut d’Histoire Turc à Ara Sarafian chercheur à l’Institut Gomidas à Londres sur la « thèse d’un génocide arménien ». Ce dernier avait accepté et proposé la région d’Harpout comme lieu d’étude.
Mehmet Ali Birand rappelle que Yusuf Halacoglu avait organisé une conférence de presse 9 mars dans laquelle il avait affirmé que l’étude conjointe ne se ferait pas en présentant un article du journal Agos en date du 2 mars indiquant que la diaspora arménienne était furieuse de l’acceptation d’Ara Sarafian et concluant que le chercheur arménien avait dû annuler son projet suite aux pressions de cette dernière.
Or Mehmet Ali Birand affirme que la lecture d’un article de Fatih Altayli publié par le quotidien « Sabah » le 13 mars 2007 infirme les propos de Yusuf Halacoglu : « Il apparaît que Halacoglu a refusé d’ouvrir les archives sans limites et a objecté contre la présence de certains documents. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si vous n’alliez pas montrer les documents, pourquoi demandez-vous une réunion ? Pourquoi organisez-vous une telle réunion auparavant sans convenir des conditions d’ouverture des archives ? Pourquoi amorcez-vous un processus si vous ne pouvez pas aller jusqu’à la fin ? La Turquie est déjà sur la défensive sur cette question et ce dernier développement signifie un autre point marqué contre nous. Personne ne croira plus jamais la Turquie quand elle proposera d’ouvrir ses archives et de partager tous les documents pour que les historiens puissent discuter de la question ».”
Voilà, voilà… et encore je n’ai pas mis d’extrapolation des historiens qui ont cherchés dernièrement en Turquie et qui ont conclu sur le fait que beaucoup d’archives ont été détruites, mais que malgré tout il y en a encore assez pour monter un dossier “génocide arménien”…
Bref. C’était pour couper court aux arguments “officiels” selon lesquelles les archives sont libres d’accès et que la création de la commission d’historiens n’attend que la bonne volonté des arméniens.
Et cela, grâce à la personne la plus écoutée dans les médias turcs (et qui “conteste” d’ailleurs le terme génocide, je crois)!
Je vais vous dire mon sentiment: l’amour propre national de la Turquie, apprise dans les écoles, empêche la plupart des Turcs d’assumer des “noirceurs”, c’est pourquoi les élites, pour certaines, n’ignorent pas le génocide, ils refusent juste d’en faire un génocide par peur des conséquences sur les fondations de l’Etat, les conséquences sur la conscience du peuple, la culpabilisation, les réparations, le syndrome du bourreau perpétuel, etc.
c’est une peur d’assumer qui fait que des trésors de réthorique et de chausses trappes sont crées pour contrer l’Histoire. Qui rattrape toujours ceux qui s’aliénent à elles en ne se réconciliant pas avec elle.
Pour moi, nous, arméniens, n’avons plus à prouver. Le génocide est une affaire entre les Turcs. C’est leur fantôme.
La plupart des Turcs croient se battre contre les Arméniens, mais ils ne se battent que contre leur Histoire. Et se rendent complices des assassins.
A nous d’aider les Orhan Pamuk à avancer en dépit de l’Etat turc et de ceux des siens qui veulent l’effacer avec le génocide.
Hrant Dink sera-t-il la dernière victime du génocide des arméniens? I hope so…
“Je ne pense pas que ce soit par racisme que les Arméniens ont été massacrés en 1915″. Je ne le pense pas non plus, mais plutôt par une politique démoniaque, difficile à comprendre aujourd’hui je vous l’accorde, organisée méticuleusement, pour essayer de retrouver la splendeur ancienne de l’empire ottoman. Je ne suis pas historien et je ne livre-là qu’une opinion personnelle qui vaut ce qu’elle vaut : une politique, et c’est en quoi celle des nazi lui ressemble, une politique qu’on qualifierait aujourd’hui d’épuration ethnique et donc de génocide. L’Arménien, le chrétien, l’Araméen, le Grec, ou je ne sais quelle autre ethnie ou religion, génait dans l’expansion d’un pan-turquisme idéalisé allant de la Bulgarie aux Indes. Ce n’était pas du racisme, mais pire que ça, Ceci dit, qualifier les nazi allemands de raciste, c’est aussi leur faire un joli cadeau…
Devant l’absurdité qu’est la volonté d’éliminer un peuple de la surface de la Terre, il est facile de se dire, comme vous le faites: “ce n’est pas possible”. Certains Arméniens, aussi incroyable que cela puisse paraître, ont pu donner raison aux Turcs de l’époque d’avoir commis ce crime. Mon père, parfois, le s jours de déprime, avait un discours que j’explique psychologiquement avec le recul, mais qui m’est douloureux, je vous l’assure. Il disait que les Turcs avaient eu raison d’exterminer les Arméniens parce qu’il détenaient des fortunes colossales, un peu le même raisonnement qu’on a pu avoir à l’encontre des juifs. Papa était stalinien et ceci expliquerait peut-être cela, mais ce serait simpliste d’en rester-là. Je crois plutôt que l’absurdité du génocide lui était insupportable (il en a vu des horreurs!) et devant le déni turc, l’acceptation de fait des grandes puissances, ces raisons lui avaient permis d’avoir un equilibre psychologique acceptable. Jusqu’au jour où, vieux, il a perdu totalement la raison : la fuite dans l’irréel. Il revivait sans cesse les moments terribles de sa jeunesse, peut-être pour mieux les comprendre, qui sait?
La semaine d’avant sa mort, il ne parlait plus que le turc…
En réponse à Deniz que je salut pour sa diplomatie…
Lorsque vous dites: “j’ai beaucoup de mal à comprendre pour quelle raison je suis continuellement accusé de véhiculer la sémantique de la diplomatie turque”
Je j’avais exprimé la réponse à cette question dans mon dernier message vous étant adressé (et j’espère que vous ne l’avez pas mal pris, mais la courtoisie ne souffre pas de questions plus directes). Voici quelques unes de vos affirmations qui m’interrogent, car elles sont semblables à celle du corpus négationniste:
“comparaison entre le génocide juif et le génocide dit arménien”, “le discours dit négationniste des Turcs”,
“je ne pense pas (il se peut que je me trompe) non plus que la volonté du gouvernement ottoman était d’exterminer les Arméniens”,
“doit-on oublier les victimes turques et leur douleur” puis vous citez le négationniste Gilles Veinstein…
Enfin, je ne vous traite pas de négationniste mais je constate que lorsque vous dites: “il existe des historiens (…) qui n’arrivent pas à démontrer l’existence d’un tel plan concentré, d’une telle intention génocidaire”. Cette phrase, a une ressemblance inquiétante avec celle-ci: “il n’existe aucun ordre écrit comme orale, ni dans Mein Kampf et ni dans les archives Allemandes, qui prouve que Hitler voulait exterminer les Juifs” qui n’a d’autre auteur que Robert Faurisson (célèbre professeur d’université de Lyon, condamné pour négationnisme).
Bonne continuation au blog reporters pour le travail excellent, avec beaucoup de professionnalisme et une objectivité de ton.
Si j’ai parlé ici de mon père, c’est pour donner un exemple qui m’est proche des dégats que provoque l’accomplissement d’un génocide par son déni. Le comportement que je viens de raconter se retrouve souvent dans les démences constatées chez les recapés. Le travail de la psychanaliste Régine Waintrater sur le sujet est passionant. Je ne veux pas dire par-là (aïe Deniz me guette!) que les démences séniles des vieux Arméniens sont la preuve d’un génocide (il n’y a plus besoin de preuve), non pas du tout, mais j’essayais de montrer à quel point la politique turque fait du mal et du mal aux recapés et à leurs descendants. Nous aurions pu parler ici du mal qu’elle fait et fera aux Turcs eux-mêmes. Je trouve triste que les Turcs ne partageant pas les idées de nos interlocuteurs ici présents n’interviennent pas.
Plus j’y pense, et plus je me rends compte de l’horreur d’une telle politique.
A écouter cet “historien”, génocide se dit “seconde monarchie constitutionnelle” dans les livre scolaires Turcs. Plaisanterie mise à part, si cet homme paraît éminemment sympatique, il est impensable que se disant historien, il puisse prétendre que l’absence de reconnaissance du génocide dans la sphère publique turque est due à une simple ignorance. Aujourd’hui encore, les cadastres des propriétés des Arméniens déportés sont falsifiés, les archives ont été largement épurées (cf. études de l’historien Turc Taner Akçam)
En réaction à ce qu’a dit Tristan, je trouve la modération du site très lacunaire. Les divergences d’opinions sont nécessaires, mais le négationnisme n’est pas une opinion comme une autre.
Prétendre qu’il s’agit d’un “débat” lorsque l’on oppose des points de vues et des résidus des thèses négationnistes du gouvernement Turc, c’est mettre en peril les valeurs démocratiques qui sont les nôtres.
En effet, on met ici sur le même plan un négationnisme (qui théologiquement et juridiquement relève du racisme) et des réactions, opinions etc.
La naïveté ou l’inculture ne peuvent pas tout légitimer. On ne dit pas d’un raciste que les propos qu’il tient sont pardonnables parce qu’il ignore que les races n’existent pas.
Le négationnisme ce n’est pas le simple fait de nier un génocide, mais d’adopter (consciemment ou non ) une idéologie de négation. Le négationnisme c’est bien plus que nier un fait historique, c’est nier un peuple; c’est injustifiable.
Ainsi, je n’en veut pas aux Turcs vivant en Turquie, de nier le génocide, mais je ne peu excuser la pratique du négationnisme par des gens vivant en France élevés par les principes républicains.
Armand, votre témoignage m’a touché, peut être parce que comme beaucoup de descendants de rescapé du génocide arménien, j’ai connu des cas de souffrance analogue (en fin de vie d’autant plus).
Je ne suis pas un grand partisan (et c’est le moins que l’on puisse dire) de Patrick Devedjian nom plu (preuve peut être que la diaspora est plurielle et que nous sommes avant tout des citoyens français)mais pour le coups, il n’est pas du tout à l’origine de la proposition de loi voté au parlement. Les médias lui ont largement attribué le texte parce qu’il est d’origine arménienne, mais il n’en fut pas le plus grand défenseur, bien au contraire.
Je dois avoué que c’est pénible d’être toujours assimilé à Devedjian lorsque nos origines arméniennes sont découvertes. Et il ne faut pas y voir là un grief qui lui serait personnel.
Arman Arapian,
Vous dites : « Je trouve que ce que dit Deniz n’est pas tout à fait dénué de sens ». Je vous remercie de ce compliment.
En effet, j’ai fait allusion à Patrick Devedjian, fidèle lecteur à travers la presse de ses interventions sur la Turquie, tout simplement parce qu’il a une « mauvaise réputation » dans le pays des bourreaux et c’était une manière d’extérioriser une certaine amertume face à sa légendaire turcophobie. Je suis juriste donc je souscris sans hésitation à votre raisonnement quand vous dites que dans une démocratie il faut aussi défendre les plus odieux criminels … et peut-être les Turcs, pourquoi pas ? Par contre, je ne connaissais absolument pas la carrière professionnelle de vos proches, ni de votre cousin germain. J’avoue que j’ai visité votre site Internet personnel, mais il ne m’est pas venu à l’esprit de faire une recherche « googlistique » dans ce domaine. A ce sujet juste un mot ; dans le procès de Bernard Lewis, j’estime que les avocats ont fait leur métier et il ne m’appartient pas d’adresser une quelconque critique à l’égard de qui que ce soit. Néanmoins je pense que sur le fond le jugement du tribunal qui a condamné Lewis à payer des dommages-intérêts en raison de sa faute délictuelle est sujet à discussion. Pierre Nora expliquait dans une conférence à Paris qu’après cette condamnation Lewis avait quitté la France pour ne jamais y retourner (tant mieux ça fait un négationniste de moins) et n’a même pas voulu faire appel. Au risque de me tromper, je pense à titre personnel qu’un tel jugement constitue une violation flagrante de la fameuse Convention européenne des droits de l’homme et de la jurisprudence constante de la Cour de Strasbourg, mais bon passons.
Quand vous dites « si vous affirmez que les Arméniens sont à l’origine de la réputation faite aux Turcs, c’est vraiment leur donner une force et une importance qu’ils sont, hélas, loin d’avoir ». Quant à la force des Arméniens surtout en France, je pense que vous faites preuve d’un esprit modeste, mais là n’est pas la question parce qu’au fond vous avez entièrement raison.
Le mépris des Turcs a des sources beaucoup plus lointaines. Je vais essayer de donner quelques exemples. Pour Henry Morgenthau les Turcs qui ne savent que se servir des méthodes primitives n’auraient pas été capables d’entreprendre le déplacement de la population arménienne sans l’aide des Allemands. Il précise aussi que selon les confidences de l’Amiral Usedom le déplacement de la population arménienne est une recommandation allemande. (Ambassador Morgenthau’s Story, New York, 1919)
Faut-il citer William Ewart Gladstone (1809–1898, homme politique anglais et premier ministre à quatre reprises) qui dans son pamphlet considère le Turc comme « le spécimen de l’inhumanité parmi les hommes ». Quant à James Bryce, juriste, historien et homme politique britannique, après quelques louanges aux Turcs, il affirme néanmoins que la race turque dans son ensemble, eu égard à ses pratiques étatiques et militaires, fait preuve d’un immobilisme, d’un désarroi et d’une incompétence désespérés » (Transcaucasia and Ararat, Londres, 1896)
Comme vous voyez la mauvaise réputation des Turcs n’est pas un fait nouveau et il ne faut imputer aucune responsabilité aux Arméniens. Il ne s’agit que de la perpétration d’une tradition ancienne et bien ancrée. Donc bonne continuation…
C’est vrai que nous sommes tellement habitués à être cofrontés à ce genre de discours que nous ne nous rendons plus compte qu’il n’est pas acceptable. Heureusement que certains ont la tête plus froide que d’autres et remettent les pendules à l’heure. Merci Yériché.
Deniz, je tiens au D qu’il y a à la fin de mon prénom : c’est un prénom français qui m’a été donné parce que l’officier d’état civil a refusé de me donner le prénom Armenak qui était celui de mon grand-père paternel. Ce prénom, Armand, est aussi un point levé, et j’y tiens beaucoup, ne l’arménisez pas je vous prie, je ne vous ai moi jamais appelée Denise…
Pratique négationiste habituelle : on prend un morceau de phrase et on en fait un discours. Deniz, vous avez omis le “Tiens, pour une fois, ” avant la phrase que vous citez, ce qui d’ironique qu’elle était en fait une phrase de soutien à vos opinions qui me soulève le coeur.
Heureusement que tout ici est enregistré.
C’est pas vraiment une mauvaise chose finalement que des propos négationnistes, tout immondes qu’ils puissent être, soient ici exposés aux yeux de tous: c’est la preuve flagrante de leur existence. Je pense là à nos jeunes qui ont souvent du mal à nous croire.
Deniz, je ne peux pas vous répondre sur ce que vous affirmez sur le procès Lewis, contactez plutôt mon cousin, il saura, lui, quoi vous dire, il l’a déjà prouvé par ailleurs. On trouve son adresse sur Google, mais vous le savez déjà…
Nous n’avons pas à répondre au négationnisme.
Vous vous abaissez à répondre au bourreau qui vous dit : « Prouve-le ». Car celui qui nie se rend complice de l’acte.
Nous nous sommes assez débattu dans nos fantômes, avec les terribles histoires qui ont fondés nos familles apatrides.
A eux de prendre en charge leurs fantômes et se débattre comme le fait Deniz: il ne fait rien d’autre que se débattre pour ne pas être pris dans les griffes abjectes de son Histoire. C’est désolant mais c’est pour l’instant ce qui se passe en Turquie.
Vive Orhan Pamuk!
Est ce que certains d’entre vous fréquentent des Turcs ?
Dans Le Figuier de mon père de Vartan Berberian (éditions Anne Carrière 2006), il est dit je ne sais plus à quelle page, comment vers 1923 son père fut finalement autorisé après d’extraordinaires péripéties qui l’ont fait échapper au génocide, à quitter le pays sous deux conditions : 1 – renoncer à tous ses biens en Turquie, 2 – recevoir un nouveau nom ne lui permettant plus de prétendre un jour avoir été turc.
Je ne sais pas pourquoi je raconte cette histoire, peut-être pour souligner comment fonctionne le mécanisme des génocides avec effecemnent complet des traces de l’identité, peut-être aussi pour signaler que je comprends le besoin exprimé par certains intervenants d’afficher ici leur véritable identité.
Armand, s’agissant de votre condamnation du terrorisme arménien, le remerciement que je vous ai adressé était sincère. Remarquez que vous êtes un des rares participants qui n’hésite pas à dévoiler son identité et son site Internet. Vous avez pris une position qui vous honore en ne faisant pas l’amalgame entre les méchants Turcs dont l’assassinat ne pose pas de problème et les victimes innocentes dont on regrette la mort.
Concernant le « d » de votre prénom, il ne s’agissait que d’une faute de frappe. Je ne voulais ni l’arméniser, ni le turciser (orthographiquement). Veuillez m’excuser.
Vu l’heure tardive, je me suis sûrement mal exprimé et vous m’avez mal pris.
Finalement, je vois que mes propos sont impopulaires. Je suis un négationniste selon un certain nombre d’intervenants.
Je vais essayer d’expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec la comparaison que Yériché Gorizian semble faire entre mes propos et ceux de Faurisson.
Quand cet antisémite provocateur qui s’appelle Faurisson dit : “il n’existe aucun ordre écrit comme orale, ni dans Mein Kampf et ni dans les archives Allemandes, qui prouve que Hitler voulait exterminer les Juifs”, son objectif n’est pas de prouver l’absence d’une intention génocidaire dans l’atrocité commise par les Allemands. Ce même type dit aussi que les chambres à gaz n’ont jamais existé. Donc il part du postulat que les faits matériels du crime de génocide comme les chambres à gaz n’ont aucune existence.
Vous auriez pu établir un parallèle entre ces deux approches « négationnistes » si j’avais défendu l’idée que les massacres et les atrocités subis par la population arménienne étaient des contrevérités ou des affabulations. Or à plusieurs reprises, j’ai exprimé sur ce blog qu’il ne s’agissait nullement de discuter le drame, la tragédie que les turcs ont fait subir aux Arméniens, à la famille, entre autres, d’Armand ou Zabel.
D’un point de vue juridique mon analyse peut se résumer ainsi : Il y a un corps inanimé. Quelqu’un a été tué. Le terme générique pour désigner cet acte est un assassinat. Les négationnistes disent : il n’y a pas de cadavre ou ce type était déjà mort ou l’arme du crime n’existe pas ou encore il a mérité la mort, etc.
Moi, j’essaie de dire que le corps inanimé de la personne assassinée est bel et bien là. Sa famille souffre, ces enfants souffrent, ces amis souffrent. Leur vie sera bouleversée à jamais. La tâche des enquêteurs, du procureur, du juge d’instruction, des juges est de trancher s’il s’agit d’un homicide involontaire, d’un homicide volontaire ou d’un meurtre avec préméditation.
Dans le génocide juif, un tribunal a décidé qu’il y avait préméditation, l’intention génocidaire, un plan concerté… Le problème est là… Vous êtes à la fois la victime, le juge d’instruction, le procureur et le juge… Dans votre condamnation vous nous demandez de nous taire éternellement et infiniment. La vengeance déguisée en justice, c’est notre plus affreuse grimace…
Mais si vous dites que dans une démocratie l’on peut condamner sans procès, ni droit de défense… Je ne peux rien y ajouter.