[JOUR 5] La question arménienne dans les manuels scolaires

Pour cette cinquième séquence, nous avons rencontré Ahmet Kuyas, maître de conférence à l’université de Galatasarai. Nous évoquons avec lui le traitement de la question arménienne dans les manuels scolaires en Turquie, comme avez été quelques-uns à nous le demander. Nous réalisons jour après jour combien le sujet est sensible, mais gardons espoir que vous pourrez tous en débattre sereinement sur ce videoblog.



Pour aller plus loin : Audio uncut de tout l’entretien avec Ahmet Kuyas, ci dessous




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84 réponses sur “[JOUR 5] La question arménienne dans les manuels scolaires”

  1. Un entretien de Raphaël Lemkin datant de 1949 et dans lequel l’universitaire évoquait le génocide des Arméniens vient d’être révélé au public au travers d’un documentaire diffusé sur PBS(usa)et réalisé par Andrew Golberg ( http://www.twocatstv.com/armeniangenocide.php).

    Lemkin, à qui l’on attribue la création du terme « génocide » en 1943 pour désigner les massacres des Arméniens en 1915 puis l’holocauste juif, a joué un rôle considérable dans l’adoption par les Nations unies de la Convention sur la prévention et la sanction du crime de génocide en 1948.

    Dans l’entretien récemment découvert accordé en 1949 à CBS, Lemkin évoque la Convention de l’Onu et le génocide arménien, en commençant par citer les différents faits de génocide dans l’histoire. En évoquant la brutalité des soldats turcs photographiés en train de pourchasser et de massacrer des Arméniens, Lemkin a déclaré : « Non, ces gens ne jouent pas. Ils courent pour sauver leurs vies. Les hommes à cheval. Peu importe qui ils sont vraiment. Disons qu’ils appartiennent à un corps de cavalerie moderne aux ordres de leur commandant. Ce sont des prédateurs à la chasse. Mais leurs proies ne sont pas des renards. Mais un peuple tout entier. Ceux-ci (montrant les images d’un groupe d’Arméniens) sont les victimes. Ce sont des Arméniens et cela se déroule en Asie mineure. Mais cela importe peu. Ce pourrait être d’autres, ailleurs. Mais bien sûr, cela leur importe. Près de 2 millions d’entre eux ont été chassés de chez eux, puis condamnés à mort dans le désert ou avant d’y parvenir. Pourquoi ? La raison invoquée était qu’ils auraient pactisé avec l’ennemi de leurs dirigeants ; qu’ils seraient une cinquième colonne ; qu’ils seraient des espions. Chacun des 2 millions d’entre eux…. »

    Questionné sur l’origine de son intérêt pour le génocide des Arméniens, Lemkin répond : « Je me suis intéressé au génocide parce que les Arméniens l’ont subi ; et les Arméniens ont été très mal traités à la Conférence de Versailles parce que leurs assassins étaient coupables de génocide et qu’ils n’ont pas été punis. Vous savez qu’ils ont créé une organisation terroriste pour se faire justice. Le procès de l’assassin de Talaat Pacha en 1921 à Berlin est très instructif. Un homme, Soghomon Tehlirian, dont la mère avait péri dans le génocide, avait tué Talaat Pacha. Et il déclara à la cour qu’il l’avait fait parce que sa mère venait le hanter dans son sommeil… si souvent. Ainsi, il a commis ce crime. Mais voyez-vous, en tant que juriste, je pense que le crime ne doit pas être puni par les victimes, mais par une cour, par la loi … ».

    Conclusion : Si celui qui a crée juridiquement la notion de génocide indique que sa création s’est faite sur la base des atrocités subies par les arméniens en 1915 la question de savoir si le terme génocide s’applique aux arméniens ne se posent plus.

  2. Bonjour,

    Ahmet Kuyas ne m’a pas appris grand chose. Je le savais déjà.
    Mais il a apporté une évidence à ceux qui ne connaîssent pas l’intérieur de la Turquie, la partie invisible (pourtant 9/10è)de l’iceberg turc, et aux Turcs (qui savent ou font semblant de ne pas savoir). Il y a eu dans ce pays non seulement la volonté de « nettoyage » physique de tout ce qui n’est pas turc et musulman mais aussi le « nettoyage » de tout ce qui est « sale » dans l’histoire.

    Voilà pourquoi des personnes comme Deniz et Piyaz, malgré leur tentative d’ouverture d’esprit, leur lectures variées, n’arrivent pas à admettre que leur passé renferme un génocide, des crimes contre l’humanité, des atrocités préparées minutieusement et perpetrées dans le détail parfois avec jubilation.
    Lorsque l’on envoit les vieux, les femmes et les enfants dans le désert pour des jours et des jours de marche, au printemps et en été, sans leur fournir de la nourriture et de l’eau, il faut être complètement naïf (pour ne pas dire autre chose) pour croire que ce ne sont que de simples mesures de sécurité, qu’il n’y a pas une volonté claire, préparée, réfléchie pour anéantir.

    Merci monsieur Kuyas vous nous avez montré, encore une fois, qu’il y a un problème dans la politique éducative de ce pays. Une fois de plus c’est le peuple qui subit. Mais aujourd’hui il y a énormément de moyens pour se prendre en charge et éduquer les autres.

    On sent finalement que les Turcs ont envie d’avoir une histoire bien sous toutes les coutures. Il y a une solution : reconnaître les crimes passées, demander pardon pour avancer et éduquer convenablement ses enfants dans la vérité (même si elle fait mal), la justice, le respect des autres même si les autres sont des non-turcs et non-musulmans.

  3. Je m’étonne que dans ces livres d’histoire sur les « massacres » d’arméniens, même s’il s’agit d’une histoire officielle et peut-être contrainte par des instructions ministérielles, il n’ y ait pas la moindre présentation des autres thèses, comme si ces dernières étaient censées ne pas exister.

  4. P’tit loup,

    Il n’y a pas de présentation des autres thèses tout simplement parce que le peuple ne doit connaître, adopter et faire sienne qu’une seule vue de toute chose : celle officielle des autorités.
    Le peuple n’a pas le droit ni l’opportunité d’avoir un esprit critique. Il risque des insultes, des jugements devant les tribunaux et même plus…

  5. Ce professeur dit qu’il n’y a pas de thèse tout court. Il rappelle que la période 1908-1918 est traitée en 3 pages, illustrations et légendes comprises.

    En fait la thèse officielle, telle qu’elle est traitée dans les livres sclaires, c’est qu’il ne s’est rien passé.

    Il y a environ une dizaine d’années, il y a eu un sondage en Turquie. On a demandé aux jeunes ce qu’ils pensaient des revendications des Arméniens. Pour résumer ils ont répondu « ah bon, on a commis un génocide ? Mais pkoi alors les Arméniens sont-ils restés en Turquie ? »

    Si les Arméniens de Turquie pouvaient parler de ce qu’ils ont vécu et s’ils étaient écoutés, je crois que ça ferait avancer le débat. C’est ce que voulait faire Hrant Dink mais il n’a pas pu accomplir son rêve.

    Est ce que les Arméniens de la diaspora envisagent-ils d’établir des contacts avec les Arméniens de Turquie pour connaitre leur point de vue ?

  6. En passant, dernière nouvelle de l’activité négationniste turque sur Internet : le site http://www.theforgotten.org/intro.html vient de se faire hacker. Ce site était de toute beauté. Ce sont des artistes qui l’avaient fait. De par son contenu et son esthétique, il était exceptionnel. Il avait le malheur de parler du génocide arménien, sans jamais insulter en aucune façon la Turquie. Il faut croire que d’en parler suffit, même sur Internet. Gare au hacking de ce blog! Mesdames Deniz et consort, par vos discours, vous êtes complices de ces gens-là, complices de ceux qui empêchent les Arméniens de dire leur douleur. Je n’en serait pas fier. Drôles de démocrates…

  7. Bonjour Piyaz,

    Les Arméniens de la diaspora ont des contacts avec ceux vivant en Turquie. Soit parce qu’ils y ont de la famille, des amis ou parce qu’ils s’intéressent à ce qui ce passe en Turquie.

    Mais voilà, on sait beaucoup de chose sur ce que vivent les Arméniens en Turquie encore aujourd’hui, mais lorsque l’on en parle on nous taxe de racistes, on pense que l’on n’est pas objectifs puisque nous ne vivons pas sur place.

    Alors, que faire ? Les Arméniens de Turquie ont peur de parler à visage découvert, devant une caméra. Dans la diaspora, on ne peut parler à leur place. Ce sont les quelques rares Arméniens de Turquie qui n’ont plus de familles là bas qui osent parler à voix haute.

    La boucle est bouclée. Tant que, en Turquie, on ne comprendra pas ce qu’est la libre expression, personne ne vivra pleinement comme doit vivre un être humain.

  8. Certains arméniens de la diaspora connaissent des arméniens de Turquie, oui, ils ont des contacts avec les arméniens d’Istanbul. Beaucoup d’arméniens qui habitent en Suisse, et ont entre 40 et 50 ans, sont nés à Istanbul. Ils sont partis parce qu’ils n’en pouvaient plus, parce qu’ils voulaient voir grandir leurs enfants sans peur et sans discrimination, et pourtant le Bosphore leur manque.

    Les grands-parents, pour certains d’entre eux, vivent toujours à Istanbul. Et mal. Et souvent dans la peur, mais c’est leur pays, et ils ne veulent pas le quitter. Ils appellent de leurs voeux la reconnaissance du génocide par la Turquie, mais jamais ils n’oseraient le dire en Turquie.

    Il est déjà difficile, pour certains, de dire « nous sommes tous Hrant Dink », il est encore plus difficile de vivre comme lui, avec son courage et son franc-parler.

    Ces amis, qui sont maintenant nationalisés suisses, avaient peur, alors qu’ils étaient encore turcs, de prononcer le mot génocide en public, ou par écrit, même en Suisse. Maintenant, ceux qui ont encore de la famille à Istanbul, et y retournent régulièrement, bien que se sentant protégés par la nationalité suisse, restent prudents, car ils ont peur pour leurs parents.

    Plusieurs de ces amis n’ont pas de nom arménien, ils ont des noms turcs, et même des prénoms turcs. Leur ancien nom arménien a été traduit en turc par leurs grands-parents, dans l’espoir, réalisé d’ailleurs, d’être épargnés. Certains d’eutre eux, aujourd’hui, ont ajouté un « ian » à la fin de leur nom turc, pour « ré-arméniser » leur patronyme.

  9. En écrivant, j’écoute l’interview uncut de Ahmet Kuyas. Cet homme a l’air sincère. Mais il ne peut cacher qu’il est est mal à l’aise! Il marche sur des oeufs. La Turquie n’est pas vraiment le pays de la liberté d’expression, il y a encore des progrès à faire. C’est terrible. Lui qui parle si bien le français, le voir chercher ses mots chaque fois que le sujet devient délicat est douloureux. La manière dont sa voix s’engorge quand la conversation arrive sur Tallat Pacha en est un exemple frappant.

    C’est quand même bizarre cette argumentation qui dit qu’il y avait tant d’Arméniens à Istanbul qu’on ne pouvait pas s’en douter. Je ne crois pas une seconde que sa petite amie arménienne ne lui ait jamais rien dit. Ou alors, quel manque de communication!

    Terrifiant quand il dit que tout n’est que politique et que le seul génocide ait été celui des Juifs…

  10. … et dans ma rêverie, je me voyais dans son salon istanbouliote, comme un(e) pacha (arghll), affalé(e) sur le sofa, gavé(e) de paklava faits des mains de la gentille cuisinière arménienne … « oh ! maman ! tu as une jolie robe » – « oui mon chéri, c’est Mme XXX-ian (ou -oglou) qui me l’a confectionnée, d’ailleurs je lui ai laissé la monnaie, elle en a bien besoin. Et ta petite copine, elle va bien ? »
    Je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression d’être dans un soap opera là …

  11. Cher Armand Arapian, je ne suis pas responsable des agissements de ces hackers, tout comme je ne suis pas responsable de votre tragédie.

    Personne ne vous empêche de crier votre douleur. Il me semble au contraire que votre douleur est même entendue jusque dans les enceintes des parlements nationaux qui votent des lois et des reconnaissances pour vous satisfaire.

  12. Zabel vous dites : « Le peuple n’a pas le droit ni l’opportunité d’avoir un esprit critique. Il risque des insultes, des jugements devant les tribunaux et même plus… » Ça me rappelle ces adultes, quand j’était petit, qui nous disait avec une clope dans la bouche, vous savez « fumer tue ». Pourquoi alors Bernard Lewis ou l’encyclopédie Quid sont traînés devant les tribunaux en France ? Pourquoi alors a-t-on incendié aux Etats-Unis la maison des historiens qui n’acceptaient pas la qualification de génocide ? Qui veut faire passer une loi en France dont l’objectif consiste à embastiller ceux qui s’opposent à l’utilisation du terme de génocide et qui critique en même temps la Turquie parce qu’il y a eu la déplorable condamnation du journaliste Hrant Dink ? Pourquoi Gilles Veinstein a été condamné au tribunal de l’opinion publique (pour paraphraser l’expression de Pierre Chauvin, Libé du 6 janvier 1999), insulté, traité d’assassin, de négationniste ?

    Armand Arapian, dans mes propos, que j’ai relu par cette occasion, est-ce que j’ai nié le drame des Arméniens, est-ce que j’ai mis en cause votre douleur personnelle ? Je condamne fermement toutes les pratiques liberticides. Chacun est libre, dans les limites prévues par la loi (donc sans diffamer, insulter, ou encore plus grave sans inciter à la haine) exprimer ses opinions. Il y a quelques semaines un site Internet d’information sur le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE a subi le même sort en raison des agissements des opposants à l’adhésion turque. Les politiciens français qui s’opposent à ce processus sont-ils complices de cet acte imbécile ? Vous faites des procès d’intention, des généralisations, des vulgarisations extrêmement étonnants. Si la liberté d’exprimer ses opinions (quitte à se tromper) est un délit, si la liberté d’opinion est un délit, j’accepte volontiers la complicité que vous semblez m’imputer. C’est dans le cadre de cette complicité que je partage votre douleur, celle de votre famille…

    Quand j’ai fait mes études secondaires en France (avant 1996), je me souviens très bien de quelle façon la complicité de la France dans la Shoah était présentée dans les manuels scolaires. Aujourd’hui faites un sondage à travers les grands pays, je serais curieux de savoir le pourcentage des gens qui savent que Vichy n’est pas une marque de crème, mais le nom d’un gouvernement français ayant participé à la Shoah ? Comment est-ce qu’on enseigne aujourd’hui la guerre d’Algérie en France, est-ce que les allégations relatives à un génocide culturel dont aurait subi le peuple algérien fait l’objet d’un développement particulier ? Est-ce que les massacres subis par les Azerbaidjanais sont évoqués dans ces même manuels ? Et l’enterrement de Maurice Papon (avec sa légion d’honneur) ne constitue-t-il pas un acte odieux à l’instar de l’existence d’une pierre tombale au nom de Talat ?

  13. Un site hacké, ce n’est pas empêcher quelqu’un de crier sa douleur? Hrant Dink assassiné, ce n’est pas l’empêcher de parler? Interdire le mot génocide en Turquie, ce n’est pas bailloner les gens?

    Et personne n’a jamais dit, Piyaz, que VOUS êtes responsable du génocide des arméniens. Quand la Turquie reconnaitra le génocide commis par les Jeunes-Turcs, ce ne sera pas dire à tous les Turcs « vous avez commis un génocide ». Ce sera permettre à chacun de reconstruire son histoire, à tous les turcs, quelle que soit leur « origine » ou leur religion, et à tous ceux qui ne vivent plus en Turquie, mais qui auraient du naître là-bas, et pas sur les routes ou en diaspora.

    Vous n’avez pas à vous sentir responsable de l’histoire de vos grands-parents, par contre, laissez les arméniens « enterrer » leurs morts et arrêtez de les traiter de menteurs. C’est très douloureux.

  14. Faut-t-il qu’à chaque fois qu’un Turc s’exprime, il soit tenu de dire en préalable, « je ne nie ni votre douleur ni la tragédie dont votre peuple a été victime » ?

    Si les citoyens turcs ne sont pas responsables de cette tragédie, pkoi certains d’entre vous s’adressent à nous comme si nous étions leurs bourreaux ?

  15. Non Piyaz, vous n’avez pas à nous dire de longues phrases lorsque vous voulez parler. Juste dire : génocide arménien », vous aurez fait un grand pas.
    Et quand j’ai écris : « Le peuple n’a pas le droit ni l’opportunité d’avoir un esprit critique. Il risque des insultes, des jugements devant les tribunaux et même plus… », je parlais du peuple turc qui vit en Turquie. Dès que quelqu’un pense autre chose que la ligne officielle il est poursuivi, assassiné, ou contraint à l’exil.

    Les citoyens turcs d’aujourd’hui ne sont pas responsables du génocide. Ils contribuent en revanche à sa continuité en essayant d’argumenter, de nier le caractère plannifié du génocide arménien et en apportant des exemples qui n’ont pas leur place. Relisez bien la définition du mot génocide et parlez de la guerre d’Algérie après. Il est bien évident que vous savez tourner les choses toujours dans le sens dans lequel vous voulez qu’elles soient.

    Quant au Haut Karabagh, revoyez l’histoire de ce territoire (remarquez c’est le point faible de la Turquie que de regarder l’histoire passée). Il est habité par des Arméniens depuis des millétaires. Staline l’a annexé arbitrairement à l’Azerbaïdjan pour créer des problèmes entre les républiques non slaves. Le Haut Karabagh étaient occupé à plus de 80 % d’Arméniens déjà à l’époque. La population a voulu son indépendance après la dislocation de l’URSS. Cette manie de vouloir s’approprier les terres des autres et avoir le culot de dire que c’est le sien…. Les générations passent, les lieux se modifient mais les idées restent.

    Lisez « Nuit turque » de Philippe Videlier, historien et chercheur au CNRS. Si encore après ça vous ne savez pas employer le mot génocide dans le bon contexte, je ne peux rien faire pour vous.

  16. piyaz> Je respecte beaucoup la Turquie. Je trouve que c’est un beau pays et ses habitants (pour ceux qu’on a croisés) sont chaleureux et accueillants. Les Turcs peuvent être fiers de leur pays.
    Je pense qu’ici personne ne pense que « les » Turcs sont des bourreaux – une généralisation qui n’a pas de sens.
    Je tiens à exprimer clairement le respect qui nous anime dans notre démarche. Je peux te dire que je trouve important que tu prennes la parole ici avec des personnes qui ne pensent pas comme toi.

  17. C’est évident qu’ une des qualités des négationnistes est de tourner les faits, les mots, et donc l’histoire à leur avantage, c’est dans l’essence même du mot. Et c’est aussi pour cela que la discussion est difficile, sinon impossible, en tout cas tourne en rond. C’est une espèce de mur auquel on bute. C’est une réalité que tant que la politique turque sera régie par le code de l’honneur et non par celui du droit, un language commun sera difficile.

  18. Je suis ce débat avec attention depuis quelques jours. Je voudrais aussi ajouter quelques phrases et m’interroger sur certains points.

    Je suis franco-turc et avec le temps je constate que la turcophobie ne cesse d’augmenter en France. Chaque fois qu’on nous parle du génocide arménien nous sommes montrés du doigt comme des criminels. Arrêtons! Nous n’étions pas présents à cette époque. En France nous savons que les problèmes d’intégration et de discrimination des personnes d’origines maghrébines et africaines sont importantes, veut on maintenant exclure les turcs?

    Je pense que nous les français d’origine turque nous sommes ouverts au dialogue et quand on nait on ne nous apprend pas la haine. Or, j’ai pu voir dans mon entourage que dans certaines familles d’origine arménienne la haine du turc y est apprise.

    Je pense que le lieu ou ce problème pourra être résolu ce n’est pas le parlement des pays ou a la veille des présidentielles comme en France 105 députés votent seulement cette loi pour capter leur voix. Le lieu c’est les Nations-Unies n’ayons pas peur de réexaminer cet évènement tragique car s’il le génocide est démontré il sera accepter unanimement par tous.

    Je suis conscient que je vais être accusé tout de suite de négationniste je ne suis ni un loup gris ni un ultra-nationaliste je suis un citoyen qui essaie de comprendre mais je pense que ce flou profite à certains groupes. En effet, si comme on le dit les turcs ont voulu exterminer les arméniens pourquoi ils les ont pendant 7 siècles laissés libre de vivre avec leur culture? N’aurait-il pas pu les assimiler?

  19. Deniz, il est bien évident que lorsqu’on partage des idées équivalentes à celles de groupuscules extrémistes, on devrait se poser quelques questions. Il est est de même pour les politiciens français qui sont contre l’adhésion de la Turquie à l’Europe, ils ont intérêt à proclamer haut et fort que ce n’est pas pour des raisons ni raciales, ni religieuses. Ceci dit, ceux qui étaient mes amis politiques et qui se sont insurgés contre la proposition de loi concernant le délit de négationisme concernant le génocide arménin n’ont pas réussi à me faire avaler leur couleuvre. C’est un chemin difficile pour eux…

  20. On nous parle ici de hackers turcs négationnistes pour rabrouer Deniz et Piyaz qui tiennent pourtant des propos on ne peut plus sages.
    Si seulement tous les Turcs tenaient un tel discours, le génocide serait une évidence pour tout le monde… Malgré leurs propos modérés, le ton de M.Arapian, de Zabel et consorts, est invariablement agressif, voire haineux. Le résultat sans doute d’une ignorance sans borne et d’un bourrage de crâne sur la Turquie et les Turcs qui n’est que l’équivalent de celui des Turcs sur les Arméniens.
    Résultat: une vision fantasmée et imaginaire de la Turquie, des contre-sens et des confusions à n’en plus finir. Des raccourcis du style : « Dès que quelqu’un pense autre chose que la ligne officielle il est poursuivi, assassiné, ou contraint à l’exil. »
    Je suggère, pour vous informer sur la Turquie, d’autres sources que le collectif Van. Dont les hackers extrémistes se sont d’ailleurs amusés à pirater, il y a quelques semaines le site internet de Turquie Européenne, un site qui promeut la voix démocratique et libérale en Turquie. Ainsi on comprend mieux le but recherché. Faire taire les démocrates pour continuer à surfer sur la haine réciproque en l’alimentant régulièrement…

  21. Sinan> Pour moi, un négationniste est quelqu’un qui sait et nie pour des raisons idéologiques ou pour heurter. Lorsque je devine de la bonne foi, comme pour ton message, ce n’est pas le mot qui me vient à l’esprit. Tu as une opinion, tu l’exprimes sans haine, elle est donc audible. Maintenant, libre aux intervenants ici de te porter la contradiction. :)

  22. Encore une fois, merci à Tristan et Alban de nous offrir cet espace de dialogue. Dommage que nous ne puissions nous rencontrer, peut-être qu’il serait alors plus facile de dialoguer, en voyant les autres dans les yeux.

    Piyaz, Sinan, le jour où le génocide sera reconnu officiellement par le gouvernement turc, il ne sera plus nécessaire pour les turcs de s’excuser, et plus nécessaire pour les arméniens d’accuser.

    Une fois la reconnaissance acceptée, il sera possible de dialoguer plus sereinenement, en essayant de comprendre ce qui s’est passé, possible peut-être même pour les arméniens de compatir avec les turcs – non pas les bourreaux eux-même, mais leurs descendants qui ont un héritage lourd à porter.

    Reconnaître le génocide arménien, c’est permettre de renouer des liens. Si un citoyen turc me dit « c’est très difficile pour moi d’admettre avec mon ventre la réalité du génocide arménien, mais intellectuellement, je ne la conteste pas », je peux parler avec lui. Pas s’il dit « voyons s’il y a eu un génocide », soit écrivons l’histoire à nouveau (90 ans plus tard!) alors que Lemkin lui-même en parlait déjà.

    Hors, la position du gouvernement turc ne permet pas aux citoyens turcs un tel discours, dangereux en Turquie, dangereux même à l’étranger, pour peu que le discours soit public. Donc dangereux, pour des citoyens turcs, même sur ce blog, s’ils s’expriment en leur nom.

    Quand j’entends Ahmet Kuyas dire qu’un crime contre l’humanité a été commis, mais pas un génocide, je me dis que c’est une position déjà courageuse, et je comprends qu’il dise haut et fort, pour se protéger peut-être, qu’on ne peut pas appeler ce crime « génocide », puisqu’il s’exprime publiquement. Peut-être que dans une autre situation, il parlerait, lui aussi, de génocide.

  23. Muriel> Je sais combien il peut être frustrant de part et d’autre, d’avoir l’impression qu’on ne se comprend pas toujours. Mais comme tu le soulignes, il est tellement rare qu’on arrive à se parler…
    C’est pourquoi, je vous remercie tous pour votre modération sur un sujet aussi sensible.
    C’est vrai qu’une rencontre entre tous les commentateurs ici permettrait sûrement d’apaiser les points de vue. Belle idée même si difficile à organiser… :)

  24. Istanbul et Sinan, ne voyez pas de haine dans nos propos. Si c’était le cas on ne prendrait pas le temps de discuter ainsi. Nous n’éduquons pas nos enfants dans la haine, mais dans la connaissance de leur histoire, de leur passé. Si vous ressentez de la haine il ne faut pas vous en prendre à nous mais à votre gouvernement qui a fait du mensonge, de la recherche de l’oubli une arme à transmettre d’un gouvernement à l’autre.

    Sachez que chaque fois que vous proposez de réexaminer les preuves, les archives pour établir la vérité, vous « assassinez » par des mots les descendants des rescapés du génocide. Vous avez besoin d’avoir l’assentiment officiel de l’état turc pour dire génocide ? Un personne agressée ou violée doit-elle revivre son calvaire devant chaque nouvelle personne qui doit s’occuper du « dossier » ? Un seul rapport déjà établi ne suffit pas ?

    Ce qui doit être prouvé est prouvé depuis longtemps, lisez M. Videlier, M. Dadrian, M. Chaliand. Il n’y a plus de besoin ou de raison de réexaminer. Les personnes interrogées dans ces reportages font comprendre aussi à leur façon. Seulement, c’est à vous qui représentez le peuple, l’avenir de la Turquie d’ouvrir les yeux des autorités de faire comprendre qu’à cause d’elles, vous avez un poids énorme à porter et ce n’est pas votre rôle.

    Question poids du passé je sais de quoi je parle et d’une certaine façon je vous comprends et arrive a éprouve de la compassion pour vous.

  25. Je rapelle les faits car pour comprendre ce probleme il faut connaitre le passé. ASALA organisation terroriste dont M.Devedjan était l’avocat ont tué des diplomates en Europe.Apres nous observons un changement de la stratégie dans la communauté arménienne a partir des années 1980. En effet la reconnaissance des massacres ne suffit plus le mot génocide apparait et les lois dans les pays tiers sont legiférés afin que la Turquie le fasse aussi. D’un point de vue géopolitique l’Arménie est enclavée elle voudrait récupérer les territoires de l’est de la Turquie grace à un plan en 3 phases: acceptation du génocide par la Turquie, dédommagement et récupération des territoires de l’est de la Turquie Avec le fameux mont Ararat. Qu’en pensez vous?

    Si l’on banalise le mot génocide ne pensez vous que sur le long terme ce mot va perdre de la valeur. Personne peut nier le fait les arméniens aussi lorsqu’ils se sont révoltés ont voulu supprimer les turcs de l’Est pour créer la grande Arménie avec le mont Ararat. Donc arretons de voir le débat d’un point de vue manichéen les turcs ne sont pas les les méchants et les arméniens les gentils.
    J’ai visité les camps de Dachau j’ai été tres ému de voir que cela c’est passé 60 ans auparavant mais pour le génocide des juifs il y’avait la haine du juif or en Turquie pendant 7 siecle les arméniens étaient intégres dans la société ottomane.
    Je regrette que le débat soit unilatéral et que la turcophobie se developpe.

  26. Je pense que Ahmet Kuyas essaye de faire avancer les choses en disant publiquement que les événements de 1915 peuvent être qualifiés de « crime contre l’humanité ». A part Ahmet Insel, je ne sais pas s’il y a bcp d’autres intellectuels qui défendent cette position. Ca m’étonnerait.

    Ce professeur dit que ses étudiants ne sont pas choqués et qu’ils acceptent cette qualification qui pourtant est très grave. Le génocide quant à lui implique l’idée de racisme, de haine et la volonté d’exterminer un groupe humain en raison de son appartenance ethnique ou religieuse. C’est ça que les Turcs n’acceptent pas. Dans la mesure où les Turcs d’aujourd’hui n’éprouvent aucune haine envers les Arméniens, et qu’il n’y a jamais eu une tradition de haine envers les arméniens au sein de l’empire ottoman, comme c’est le cas concernant l’antisémitisme européen par exemple qui est très ancien, ça leur parait incroyable qu’on puisse les accuser d’un tel crime. Parce que accuser un gvt turc d’un empire déchu, ou bien accuser des dirigeants Turcs revient à accuser les Turcs eux-mêmes. C’est un réflexe courant chez les Turcs de vouloir défendre l’Etat turc quel qu’il soit. Un réflexe dont on pourrait se débarasser.

    Mon opinion est que la qualification juridique à donner à ces événements est moins importante que les faits. Toutefois, pour parler librement des faits, il y a nécessité de garantir la liberté d’expression.

  27. Pour Sinan

    The Turkish novelist Ya?ar Kemal said, « There is no racism anywhere else in the world comparable to Turkey, » during a condolence visit to the Agos newspaper. Commenting on Dink’s murder, Kemal said Dink was not an Armenian or a Kurd. He was a human being. Upon a question from members of the press asking whether he had any concerns for his life, Kemal responded that he does not care. When reminded that Dink’s alleged killer is a 17-year-old boy, he said there is a large segment of Turkish society with nationalist feelings that are not seen in other countries. Radikal.

  28. En fait, ce que vous faites c’est prendre des épisodes dans l’histoire peu importe la chronologie qui donne un sens dans la continuité, et vous voulez expliquer ce qui ce passe aujourd’hui.

    Pendant des années, comme Talaat l’avait fait remarqué, les Arméniens sont restés prostrés. Pendant 2 générations on a essayé de survivre, de se reconstruire dans des pays étrangers. Un immigré volontaire et exilé qui a échappé à la mort (avec en plus vol de la vie, vol des biens, vol de son pays et de son histoire dans les bagages) ne vivent pas la vie de la même manière. Ensuite les Arméniens ont voulu parler de ce qu’ils avaient vécu et du fait que les fautifs de ces malheurs non pas été poursuivis. La voix diplomatique a pointé son nez mais malheureusement il y a eu le terrorisme. Je le déplore profondément. Mais au niveau international c’est cela qui a enclanché le débat, là on a commencé à ouvrir des dossiers et des archives pour nous écouter. A part une dérive que nous regrettons profondément, Les personnes assassinées étaient des representants du gouvernement, soit dit en passant.

    La reconnaissance et la demande de pardon permettront de faire le deuil et de passer à une autre étape plus constructive pour tout le monde. Il est bien évident que les terres à l’est de la Turquie sont historiquement arméniennes. Mais il ne faut pas non plus rêver revenir en arrière. Il y a des choses qui ne peuvent changer dans la pratique.

    Mais surtout ne parlez pas d’une vie sans nuages et dans le calme pendant 7 siècles de cohabitation arméno-turque. C’était une époque de domination. Le mot en lui-même a un sens. Les Arméniens ont connu des périodes de vie calmes mais souvent jalonnées de pogroms. Lisez, vous verrez que tout n’était pas aussi rose. Et la haine était déjà là.

  29. Yasar Kemal peut se tromper aussi car en matière de racisme, il suffit de voir l’avancée des partis d’extrême droite en europe puisqu’ils ont même leur groupe au parlement européen. D’ailleurs, un rapport de la commission va être publiée prochainement qui montre que les actes racistes ont augmenté de 25 à 40 % dans la plupart des pays européens et de 70 % pour un pays non identifié.

  30. C’est vrai qu’il n’y a plus rien à prouver. Comme il est vrai aussi qu’il est difficile de faire changer d’avis un négationniste. Mais quant aux jeunes de Turquie, on ne peut pas leur en vouloir de ne pas savoir. J’ai eu la chance, au lycée, d’avoir des professeurs d’histoire conscients de l’innexactitude de ce qui était dit dans nos livres, en ce qui concerne, du moins, l’histoire de la deuxième partie du XXeme siècle. Il nous ont appris avant l’heure la vérité sur la démission de la France pendant la Dernière Guerre, les compromission, la collaboration etc… D’autres n’ont pas eu cette chance. Et quand Jacques Chirac a exprimé récemment les excuses de la France, je n’ai pas immédiatement compris pourquoi. Parce que pour moi, tout cela était une évidence.

    Trouver de la haine dans ce qui vient d’être dit ici, du côté « arménien » tout au moins, je ne vois pas. Il n’y en a pas au fond de notre coeur. Je parle de haine du Turc, bien sûr. Du ressentiment contre la politique de la Turquie actuelle, c’est une autre histoire, oui, il y en a. Dire qu’on n’est pas d’accord avec la politique d’un pays, est-ce dire qu’on n’aime pas ses habitants? Mais cela n’a rien à voir. Et c’est bien un discours ultra-nationaliste qui l’affirmerait. Cela ferait rire beaucoup de monde si on disait: « J’aime pas Chirac, j’aime pas les Français! »

    Dire que nous élevons nos enfants dans la haine, c’est aussi une généralisation qui n’est pas admissible. Je ne dis pas que cela n’arrive jamais, nul n’est parfait, il y a des imbéciles de partout et les Arméniens ne font pas exception. Le clamer comme argumentation comme vous le faites Sinan est totalement exagéré, sinon faux, en tout cas provocateur. Mon père est né à Ak-Chéhir, je l’ai dit plus haut, et, toute mon enfance, il m’a protégé de la douleur en m’épargnant l’Histoire. Il a eu tort, parce que le jour où, par mes lectures, je l’ai apprise, cela m’a été insupportable, parce que la vérité m’était incompréhensible. La haine m’a pris un moment, c’est vrai. Heureusement que mes parents m’avaient inculqué les grandes valeurs de respect de l’autre et d’empathie pour que cela ne soit qu’un court épisode.

    Chez les Arméniens de la diaspora autour de moi, le mot « les Turcs, est rarement employé. Ils sont tous turcs! La majorité d’entre eux parlent mal l’arménien et parlent turc entre eux. Par contre on entend plutôt « Ankara », ou « la Turquie », c’est à dire un gouvernement et l’image qu’il donne et fait donner de son pays.

    Devant l’ambassade de Turquie à Berne, protégée par un cordon de police contre les dangereux terroriste arméniens qui étaient là, lors de la cérémonie pour Hrant Dink, autour d’une croix de lumière symbolique, il y avait des Turcs qui pleuraient, eux aussi. Aucun d’entre eux n’a protesté quand le mot génocide a ete prononcé, plusieurs fois, et en plusieurs langues.

    Je les ai embrassés. Cette main-là, je me répète, oui!

  31. « Trouver de la haine dans ce qui vient d’être dit ici, du côté “arménien” tout au moins, je ne vois pas. Il n’y en a pas au fond de notre coeur ».

    Qu’est ce qu’il y a fond de votre coeur à l’égard des Turcs ?

  32. Deniz> Avec retard. Pour Papon, il a été largement critiqué par tous les médias et les politiques en France. La condamnation a été unanime.
    Papon n’a bénéficié d’aucun enterrement national, d’aucun monument (heureusement !), aucun denier public n’a été versé, il est mort et a été enterré par des personnes privées (sa famille et des vieux restes nostalgiques de l’OAS, et saluer il est vrai par un très marginal R. Barre).
    Le terme « génocide culturel » pour l’Algérie est par contre pour le moins étrange et ne recouvre aucune réalité juridique (je crains que ce terme accolé à « culturel » n’ajoute de la confusion au débat). Reste que oui, mille fois oui, la France est coupable des tortures et des assassinats qu’elle a commis durant la guerre d’Algérie, ce qui est déjà dans tous les manuels scolaires français et reconnu de tous en France (sauf au Front national). Mais ce n’est peut-être pas tout à fait le débat ici. :)

  33. Pour ma part je ne ressens aucune haine à l’égard du peuple turc. Au contraire, plutôt de la tristesse. Ils sont élevés dans le mensonge, le documentaire d’aujourd’hui l’a encore une fois affirmé. C’est vrai, la délicatesse avec lequel ce professeur d’histoire choisissait ses mots faisaient peine à voir. Et puis il y a la situaton des Droits de l’Homme… Alors je vous vois arriver les Deniz et Piyas avec vos grands sabots: « Oui mais si on regardait la situation en France, vous verrez que tout n’est pas parfait » (ou quelques chose dans le genre). Le fait est qu’en Turquie on est encore bien trop loin de cette imperfection européenne.

    Alors non aucune haine, sincèrement. Pour autant, cela n’excuse pas les agissements de l’Etat turc. Pire encore, ça renforce la culpabilité et mon ressentiment à l’égard des de cette politique d’Etat, de mensonge permanent.

  34. Excellente travail de témoignage,comme toujours d’ailleurs.
    Il est difficile de faire la part des choses et de ne pas confondre les agissements des gouvernants avec tout un peuple. Dense et précis tes reportages nous aident à mieux nous rappeler que si nous sommes capables du pire, nous sommes aussi capables du meilleur.

    Merci Tristan (et Alban ;-))
    Reviens-nous vite quand même…

  35. Je suis tous les jours votre travail. Bravo ! Vos interlocuteurs sont des intellectuels (des universitaires), et je trouve que chacun a le courage d’exposer son point vue, même si on peut ne pas être d’accord avec certains. On ressent aussi dans le non-dit, la pression autour de cette question, tout cela est très politique et à fleur de peau.
    http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21241

    J’aurais une question sur la blogosphère et le Net en Turquie, est-ce qu’il existe une blogosphère citoyenne ou engagée ? (YouTube a été finalement débloqué, après suppression des vidéos gênantes..).
    http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21254

  36. Jules a dit: « Pour autant, cela n’excuse pas les agissements de l’Etat turc. Pire encore, ça renforce la culpabilité et mon ressentiment à l’égard des de cette politique d’Etat, de mensonge permanent. »
    Le mensonge n’est pas une fatalité Jules, même en Turquie. C’est pourquoi il faut soutenir les élans démocratiques internes qui sont les plus à même de faire vaciller cette politique d’Etat. Et ne pas les lâcher au milieu de la meute.

  37. Cher Deniz les Turcs eux-mêmes ont peur de parler du génocide arménien dans leur pays alors que voulez-vous que les arméniens disent. L’assassinat de Hrant est à lui seul suffisant pour comprendre l’état d’esprit dans ce pays.

  38. Pyaz, c’est quand même fort de dire qu’il n’y a aucune haine des turcs envers les arméniens en Turquie. Hrant Dink, par qui a -t-il été assassiné, un chinois ?
    Les gavours  » mot signifiant infidèle en turc « est utilisé pour désigner les arméniens. Il sous-attend qu’en tuant l’infidèle, on va au paradis…Pour tuer 1.5 millions de personnes en quelques mois, il faut vraiment les aimer.
    Ce que vous dites, cher Pyaz, malgré tout le rsspect que je vous est complétement en dehors de la réalité.

  39. Plus je lis Deniz notamment sur La guerre d’Algérie et le génocide culturel que la France aurait commis en Algérie, plus je trouve cela désolant. Enfin, il faut croire que l’attaque est la meilleure défense mais ce n’est pas cette façon de voir les choses qui va faire avancer le débat.
    Plus je discute avec les turcs sur ce blog, plus je suis pessimiste sur les relations possibles entre turcs et arméniens. On ne peut pas dialoguer avec des gens d’une aussi mauvaise foi.

  40. Je souhaite rebondir sur un passage contenu dans le commentaire de Zabel, passé inaperçu dans le débat : « Ensuite les Arméniens ont voulu parler de ce qu’ils avaient vécu et du fait que les fautifs de ces malheurs non pas été poursuivis. La voix diplomatique a pointé son nez mais malheureusement il y a eu le terrorisme. Je le déplore profondément. Mais au niveau international, c’est cela qui a enclenché le débat, là on a commencé à ouvrir des dossiers et des archives pour nous écouter. A part une dérive que nous regrettons profondément, les personnes assassinées étaient des représentants du gouvernement, soit dit en passant »

    Je pense que ce passage qui contient la clé du raisonnement d’une partie des Arméniens mérite une analyse approfondie, parce qu’il est révélateur d’une haine stupéfiante et met en évidence toute la difficulté du dialogue. En effet, à partir de 1973 de nombreux diplomates turcs (environ 40) ont été assassinés par l’ASALA – l’Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie – (groupuscule terroriste arménien dont Patrick Devedjian fut l’avocat) qui annonce en 1975 sa naissance : « Le temps est arrivé pour notre peuple de se redresser et d’exprimer sa volonté au moyen de la lutte révolutionnaire armée, seule solution pour réagir contre la menace turque réactionnaire. » Par exemple en 1976 à Beyrouth le premier secrétaire de l’ambassade de Turquie qualifié par l’ASALA d’ « espion turc en contact avec les services de renseignement sionistes-impérialistes » est assassiné. Le lendemain, à Beyrouth, trois diplomates turcs sont blessés dans une fusillade.

    De nombreux diplomates sont également assassinés à Paris. L’attentat le plus marquant (et le premier en ordre chronologique) est celui qui vise le 24 octobre 1975 l’Ambassadeur de Turquie à Paris, Ismail Erez et son chauffeur, Talip Yener, tous les deux décèdent suite à une attaque à main armée sur le pont de Bir-Hakeim. En 1979 le conseiller au tourisme de l’Ambassade de Turquie sera abattu sur les Champs-Élysées, la plus belle avenue au monde. (Un excellent livre de Bilal Simsir « Les diplomates martyrs » revient en détail sur l’ensemble de ces assassinats). Le livre précise que le Ministère des affaires étrangères turc est la seule institution publique non armée au monde qui a connu un tel carnage parmi ses membres. (Voyez vous, moi aussi j’arrive à diversifier mes lectures)

    Mais revenons à la phrase clef dans le commentaire de Zabel qui dit : « A part une dérive que nous regrettons profondément, les personnes assassinées étaient des représentants du gouvernement, soit dit en passant » … Marquons un temps de silence pour méditer… Et décryptons cette phrase énigmatique pour les non-spécialistes du terrorisme arménien. La « dérive » dont parle Zabel n’est pas l’assassinat bien entendu des diplomates turcs. Zabel parle de l’attentat d’Orly. En effet, une bombe explose le 15 juillet 1983 à l’aéroport d’Orly devant le bureau de la Turkish Airlines. L’explosion fait huit morts, dont quatre Français, deux Turcs, un Suédois et un Américain, et environ soixante blessés. Trois membres de l’ASALA (Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie), Varoujan Garbidian, Ohannes Semerci et Soner Nayir, arrêtés par la suite, ont été jugés à la Cour d’Assises de Créteil entre le 9 février et le 2 mars 1985 et condamnés, Garbidian à la réclusion à vie, Nayir à quinze ans de prison et Semerci à dix.

    Donc pour Zabel la dérive, ce sont ces morts étrangers ; les quatre Français, les ressortissants suédois et américain, parce que selon cette logique l’assassinat des représentants du gouvernement turc sont bien évidemment légitimes, soit dit en passant. Je suis frappé par la parenté entre ce raisonnement et celui de Yves Ternon (« historien objectif » et ex-chirurgien) qui justifie par une déclaration similaire d’une extrême humanité le carnage des diplomates turcs de Los Angeles à Beyrouth, de 1974 à 1994, c’est-à-dire pendant 20 ans.

    Cette logique, c’est celle des terroristes palestiniens, des terroristes islamistes qui pensent que pour faire avancer leur cause, il serait légitime d’assassiner. Cette logique est également celle des assassins de Hrant Dink qui pensent que l’on peut tuer des gens pour les faire taire. Si les assassins de Hrant Dink pensent que les gens ne vont plus s’interroger sur les évènements de 1915 parce qu’ils ont commis cet odieux attentat, ils se trompent, tout comme vous Zabel… soit dit en passant.

    Tous les bien-pensants de l’intelligentsia française, de BHL à Serge Klarsfeld, connaissent-ils ces épisodes sanglants de la cause arménienne ?

    Quand Hrant Dink a été assassiné, cent milles turcs ont crié haut et fort, avec dignité qu’ils étaient tous des Arméniens. En France, y a-t-il eu un seul Français ou un seul Arménien pour dire qu’il se sentait turc ce jour du 24 octobre 1975.

    Le diable est diable parce qu’il se croit bon. Le diable, c’est cette haine et colère dont nous n’arrivons pas à nous débarrasser.

  41. Richard, ce n’est parce que Hrant Dink a été assassiné par un raciste que la Turquie est remplie de racistes même si tous les observateurs sont d’accord pour dire qu’il y a une montée du nationalisme. Je ne pense pas que ce soit par racisme que les Arméniens ont été massacrés en 1915. S’ils avaient étaient Espagnols, Chinois, Italiens etc… et s’étaient trouvés dans la même situation que les Arméniens, il se serait passé la même chose. C’est la différence avec le génocide des juifs par exemple qui était motivé par la haine du juif parce qu’il était juif, par la volonté de purifier le sang allemand de toute impureté et l’impureté c’était le juif.

    N’oubliez pas non plus que Hrant Dink était un journaliste et que de ce fait il était exposé comme le sont tous les jornalistes. Il est le 52e journaliste assassiné depuis la création de la république. C’est malheureux à dire mais bcp de journalistes recoivent des menaces de mort, bcp sont accusés de traitrise, d’être des agents au service des étrangers. En Turquie même le Premier ministre peut être publiquement accusé de traitrise sans que ça n’émeuve bcp de monde. C’est du folkore chez et je pense que ce n’est pas différent chez vous car il me semble que vous avez tendance à accuser de traitrise toute personne qui n’est pas exactement dans la lignée majoritaire.

    Quant au mot gavur, qui signifie infidèle, il était employé et peut être qu’il l’est encore pour désigner les non musulmans. Les arméniens pourront vous dire que même un arménien loué par les Turcs pour son honnêté pouvait être qualifié ainsi. Quant au reste de votre phrase « on tue un chrétien et on va au paradis » et bien il ne reflète que vos propres préjugés sur les musulmans.

    Merci à Tristan pour ce qu’il a dit et je souligne que me concernant, c’est réciproque.

  42. Merci Tristan pour cette interview que je viens d’écouter à nouveau en différé. J’en retiens plusieurs choses importantes pour la compréhension du débat : jusqu’à tout récemment on ne parlait même pas de « massacres d’arméniens » quand on abordait la période 1908-1918 dans les manuels scolaires, alors qu’à Istanbul on fréquentait des arméniens. On était donc dans l’ignorance complète de leur histoire. Aujourd’hui on commence à en parler mais on est au tout début du débat.
    Je ne crois pas que cette explication soit suffisante. Si l’on commence à en parler c’est uniquement parce que les faits sont têtus et qu’ils sont là malgré le silence passé. Si l’on est dans l’ignorance, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas, c’est parce qu’on ne veut pas savoir. On est dans le refoulement collectif d’un crime originel que Ahmet Kuyas accepte de désigner en tant qu’historien crime contre l’humanité. Et si le qualificatif de « génocide » est encore considéré comme inacceptable pour un turc car renvoyant à la barbarie nazie de la Shoah, je pense qu’il faut alors expliquer la Shoah en turquie pour la démythifier. En France on admet par exemple depuis peu de temps que la barbarie nazie a été le fait de non de monstres inqualifiables mais de gens souvent très ordinaires et déresponsabilisés sous l’effet d’une dilution des prises de décision comme l’a montré notamment le procès Papon ci-dessus évoqué. Un peuple majeur n’a pas à rougir du terme de génocide. Il a à rougir uniquement de ne pas vouloir savoir et d ene pas chercher à « enterrer ses » morts pour reprendre l’expression d’Ahmet Insel.

  43. Tiens, pour une fois, je trouve que ce que dit Deniz n’est pas tout à fait dénué de sens. Moi aussi j’ai tiqué quand j’ai lu ça. Le terrorisme est innacceptable parce que les victimes, a priori, n’étaient coupables que d’être turques. J’étais un peu jeune à l’époque pour me rendre vraiment compte. Désolé, Zabel, mais de tels propos de font pas progresser la cause arménienne.

    Ceci dit, Deniz, Ankara est seule responsable de la réputation qu’elle donne aux Turcs. Si personne ne défile dans la rue en disant « nous sommes tous des Turcs », ce n’est pas pour rien, et pour la majorité, croyez-moi, ce n’est pas par racisme. Non, et si vous affirmez que les Arméniens sont à l’origine de la réputation faite aux Turcs, c’est vraiment leur donner une force et une importance qu’ils sont, hélas, loin d’avoir.

    Vous faites allusion à Patrick Devedjian. J’ai tiqué une fois de plus. Monsieur Devedjian est à l’origine du fameux projet de loi en France et c’est sûrement pour cela que vous essayez de l’égratigner au passage. Disons de suite que je ne partage aucun des ses choix politiques. Ceci dit, Deniz, dans un pays démocratique comme la France, le plus odieux des criminels a droit à un avocat. Et ce n’est pas parce qu’on est l’avocat de l’ASALA qu’on partage obligatoirement ses idées et je ne pense pas que Monsieur Devedjian soit un terroriste, aussi « irritant » soit-il en d’autres circonstances.

    Vous avez certainement fait votre enquête à mon sujet (allons, allons…), et je n’ai pas à cacher, au contraire, que Patrick Arapian, cette fois-ci, est mon cousin germain. Il a soutenu le procès contre Lewis, pour des raisons évidentes, mais de par son métier, dans un pays démocratique, il a dû défendre les pires criminels (dont Klaus Barbie…) et je peux vous affimer qu’il est tout à l’opposé d’un criminel nazi.

    Non, Deniz, là aussi vous faites fausse route…

    Piyaz> « Qu’est ce qu’il y a fond de votre coeur à l’égard des Turcs? » Mais il suffit de relire mon post et vous trouverez la réponse : contre les Turcs, pas plus que contre n’importe quelle autre nationalité, rien. Parlons de la politique d’Erdogan, c’est une autre paire de manche, mais c’est un chemin glissant dans lequel je ne m’aventurerais pas. Mais dites donc, Piyaz, serait-ce encore une façon de faire dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit? Heureusement que les écrits, ici, restent (si le site ne se fait pas hacker), et tout un chacun pourra juger par lui-même.

    J’espère, Tristan et Alban, que vous faites des sauvegardes régulières de votre base de données. Ce serait dommage de perdre ce qui a été dit ici, même si cela ne fait pas beaucoup avancer le schmilblic…

  44. Pour ce qui est de la commission mixte et l’ouverture d’archives proposée par la Tuquie, voilà une chronique du plus grand chroniqueur turc, Mehmet Ali Birant, dans le Turkish daily news, datant de cela fait quelques jours seulement, qui explique pourquoi ça a échoué dernièrement pour Sarafian (un historien arménien) et le big boss de l’institut d’Histoire turque:

    « Dans un éditorial publié mercredi 14 mars 2007 dans le quotidien turc « Turkish Daily News » le chroniqueur Mehmet Ali Birand revient sur l’échec d’une enquête conjointe proposée par Yusuf Halacoglu directeur de l’Institut d’Histoire Turc à Ara Sarafian chercheur à l’Institut Gomidas à Londres sur la « thèse d’un génocide arménien ». Ce dernier avait accepté et proposé la région d’Harpout comme lieu d’étude.

    Mehmet Ali Birand rappelle que Yusuf Halacoglu avait organisé une conférence de presse 9 mars dans laquelle il avait affirmé que l’étude conjointe ne se ferait pas en présentant un article du journal Agos en date du 2 mars indiquant que la diaspora arménienne était furieuse de l’acceptation d’Ara Sarafian et concluant que le chercheur arménien avait dû annuler son projet suite aux pressions de cette dernière.

    Or Mehmet Ali Birand affirme que la lecture d’un article de Fatih Altayli publié par le quotidien « Sabah » le 13 mars 2007 infirme les propos de Yusuf Halacoglu : « Il apparaît que Halacoglu a refusé d’ouvrir les archives sans limites et a objecté contre la présence de certains documents. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si vous n’alliez pas montrer les documents, pourquoi demandez-vous une réunion ? Pourquoi organisez-vous une telle réunion auparavant sans convenir des conditions d’ouverture des archives ? Pourquoi amorcez-vous un processus si vous ne pouvez pas aller jusqu’à la fin ? La Turquie est déjà sur la défensive sur cette question et ce dernier développement signifie un autre point marqué contre nous. Personne ne croira plus jamais la Turquie quand elle proposera d’ouvrir ses archives et de partager tous les documents pour que les historiens puissent discuter de la question ». »

    Voilà, voilà… et encore je n’ai pas mis d’extrapolation des historiens qui ont cherchés dernièrement en Turquie et qui ont conclu sur le fait que beaucoup d’archives ont été détruites, mais que malgré tout il y en a encore assez pour monter un dossier « génocide arménien »…

    Bref. C’était pour couper court aux arguments « officiels » selon lesquelles les archives sont libres d’accès et que la création de la commission d’historiens n’attend que la bonne volonté des arméniens.
    Et cela, grâce à la personne la plus écoutée dans les médias turcs (et qui « conteste » d’ailleurs le terme génocide, je crois)!

    Je vais vous dire mon sentiment: l’amour propre national de la Turquie, apprise dans les écoles, empêche la plupart des Turcs d’assumer des « noirceurs », c’est pourquoi les élites, pour certaines, n’ignorent pas le génocide, ils refusent juste d’en faire un génocide par peur des conséquences sur les fondations de l’Etat, les conséquences sur la conscience du peuple, la culpabilisation, les réparations, le syndrome du bourreau perpétuel, etc.

    c’est une peur d’assumer qui fait que des trésors de réthorique et de chausses trappes sont crées pour contrer l’Histoire. Qui rattrape toujours ceux qui s’aliénent à elles en ne se réconciliant pas avec elle.

    Pour moi, nous, arméniens, n’avons plus à prouver. Le génocide est une affaire entre les Turcs. C’est leur fantôme.
    La plupart des Turcs croient se battre contre les Arméniens, mais ils ne se battent que contre leur Histoire. Et se rendent complices des assassins.

    A nous d’aider les Orhan Pamuk à avancer en dépit de l’Etat turc et de ceux des siens qui veulent l’effacer avec le génocide.

    Hrant Dink sera-t-il la dernière victime du génocide des arméniens? I hope so…

  45. « Je ne pense pas que ce soit par racisme que les Arméniens ont été massacrés en 1915 ». Je ne le pense pas non plus, mais plutôt par une politique démoniaque, difficile à comprendre aujourd’hui je vous l’accorde, organisée méticuleusement, pour essayer de retrouver la splendeur ancienne de l’empire ottoman. Je ne suis pas historien et je ne livre-là qu’une opinion personnelle qui vaut ce qu’elle vaut : une politique, et c’est en quoi celle des nazi lui ressemble, une politique qu’on qualifierait aujourd’hui d’épuration ethnique et donc de génocide. L’Arménien, le chrétien, l’Araméen, le Grec, ou je ne sais quelle autre ethnie ou religion, génait dans l’expansion d’un pan-turquisme idéalisé allant de la Bulgarie aux Indes. Ce n’était pas du racisme, mais pire que ça, Ceci dit, qualifier les nazi allemands de raciste, c’est aussi leur faire un joli cadeau…

    Devant l’absurdité qu’est la volonté d’éliminer un peuple de la surface de la Terre, il est facile de se dire, comme vous le faites: « ce n’est pas possible ». Certains Arméniens, aussi incroyable que cela puisse paraître, ont pu donner raison aux Turcs de l’époque d’avoir commis ce crime. Mon père, parfois, le s jours de déprime, avait un discours que j’explique psychologiquement avec le recul, mais qui m’est douloureux, je vous l’assure. Il disait que les Turcs avaient eu raison d’exterminer les Arméniens parce qu’il détenaient des fortunes colossales, un peu le même raisonnement qu’on a pu avoir à l’encontre des juifs. Papa était stalinien et ceci expliquerait peut-être cela, mais ce serait simpliste d’en rester-là. Je crois plutôt que l’absurdité du génocide lui était insupportable (il en a vu des horreurs!) et devant le déni turc, l’acceptation de fait des grandes puissances, ces raisons lui avaient permis d’avoir un equilibre psychologique acceptable. Jusqu’au jour où, vieux, il a perdu totalement la raison : la fuite dans l’irréel. Il revivait sans cesse les moments terribles de sa jeunesse, peut-être pour mieux les comprendre, qui sait?

    La semaine d’avant sa mort, il ne parlait plus que le turc…

  46. En réponse à Deniz que je salut pour sa diplomatie…
    Lorsque vous dites: “j’ai beaucoup de mal à comprendre pour quelle raison je suis continuellement accusé de véhiculer la sémantique de la diplomatie turque”

    Je j’avais exprimé la réponse à cette question dans mon dernier message vous étant adressé (et j’espère que vous ne l’avez pas mal pris, mais la courtoisie ne souffre pas de questions plus directes). Voici quelques unes de vos affirmations qui m’interrogent, car elles sont semblables à celle du corpus négationniste:

    “comparaison entre le génocide juif et le génocide dit arménien”, “le discours dit négationniste des Turcs”,

    “je ne pense pas (il se peut que je me trompe) non plus que la volonté du gouvernement ottoman était d’exterminer les Arméniens”,

    “doit-on oublier les victimes turques et leur douleur” puis vous citez le négationniste Gilles Veinstein…

    Enfin, je ne vous traite pas de négationniste mais je constate que lorsque vous dites: “il existe des historiens (…) qui n’arrivent pas à démontrer l’existence d’un tel plan concentré, d’une telle intention génocidaire”. Cette phrase, a une ressemblance inquiétante avec celle-ci: “il n’existe aucun ordre écrit comme orale, ni dans Mein Kampf et ni dans les archives Allemandes, qui prouve que Hitler voulait exterminer les Juifs” qui n’a d’autre auteur que Robert Faurisson (célèbre professeur d’université de Lyon, condamné pour négationnisme).

    Bonne continuation au blog reporters pour le travail excellent, avec beaucoup de professionnalisme et une objectivité de ton.

  47. Si j’ai parlé ici de mon père, c’est pour donner un exemple qui m’est proche des dégats que provoque l’accomplissement d’un génocide par son déni. Le comportement que je viens de raconter se retrouve souvent dans les démences constatées chez les recapés. Le travail de la psychanaliste Régine Waintrater sur le sujet est passionant. Je ne veux pas dire par-là (aïe Deniz me guette!) que les démences séniles des vieux Arméniens sont la preuve d’un génocide (il n’y a plus besoin de preuve), non pas du tout, mais j’essayais de montrer à quel point la politique turque fait du mal et du mal aux recapés et à leurs descendants. Nous aurions pu parler ici du mal qu’elle fait et fera aux Turcs eux-mêmes. Je trouve triste que les Turcs ne partageant pas les idées de nos interlocuteurs ici présents n’interviennent pas.

    Plus j’y pense, et plus je me rends compte de l’horreur d’une telle politique.

  48. A écouter cet « historien », génocide se dit « seconde monarchie constitutionnelle » dans les livre scolaires Turcs. Plaisanterie mise à part, si cet homme paraît éminemment sympatique, il est impensable que se disant historien, il puisse prétendre que l’absence de reconnaissance du génocide dans la sphère publique turque est due à une simple ignorance. Aujourd’hui encore, les cadastres des propriétés des Arméniens déportés sont falsifiés, les archives ont été largement épurées (cf. études de l’historien Turc Taner Akçam)

    En réaction à ce qu’a dit Tristan, je trouve la modération du site très lacunaire. Les divergences d’opinions sont nécessaires, mais le négationnisme n’est pas une opinion comme une autre.
    Prétendre qu’il s’agit d’un « débat » lorsque l’on oppose des points de vues et des résidus des thèses négationnistes du gouvernement Turc, c’est mettre en peril les valeurs démocratiques qui sont les nôtres.
    En effet, on met ici sur le même plan un négationnisme (qui théologiquement et juridiquement relève du racisme) et des réactions, opinions etc.

    La naïveté ou l’inculture ne peuvent pas tout légitimer. On ne dit pas d’un raciste que les propos qu’il tient sont pardonnables parce qu’il ignore que les races n’existent pas.
    Le négationnisme ce n’est pas le simple fait de nier un génocide, mais d’adopter (consciemment ou non ) une idéologie de négation. Le négationnisme c’est bien plus que nier un fait historique, c’est nier un peuple; c’est injustifiable.

    Ainsi, je n’en veut pas aux Turcs vivant en Turquie, de nier le génocide, mais je ne peu excuser la pratique du négationnisme par des gens vivant en France élevés par les principes républicains.

  49. Armand, votre témoignage m’a touché, peut être parce que comme beaucoup de descendants de rescapé du génocide arménien, j’ai connu des cas de souffrance analogue (en fin de vie d’autant plus).

    Je ne suis pas un grand partisan (et c’est le moins que l’on puisse dire) de Patrick Devedjian nom plu (preuve peut être que la diaspora est plurielle et que nous sommes avant tout des citoyens français)mais pour le coups, il n’est pas du tout à l’origine de la proposition de loi voté au parlement. Les médias lui ont largement attribué le texte parce qu’il est d’origine arménienne, mais il n’en fut pas le plus grand défenseur, bien au contraire.

    Je dois avoué que c’est pénible d’être toujours assimilé à Devedjian lorsque nos origines arméniennes sont découvertes. Et il ne faut pas y voir là un grief qui lui serait personnel.

  50. Arman Arapian,

    Vous dites : « Je trouve que ce que dit Deniz n’est pas tout à fait dénué de sens ». Je vous remercie de ce compliment.

    En effet, j’ai fait allusion à Patrick Devedjian, fidèle lecteur à travers la presse de ses interventions sur la Turquie, tout simplement parce qu’il a une « mauvaise réputation » dans le pays des bourreaux et c’était une manière d’extérioriser une certaine amertume face à sa légendaire turcophobie. Je suis juriste donc je souscris sans hésitation à votre raisonnement quand vous dites que dans une démocratie il faut aussi défendre les plus odieux criminels … et peut-être les Turcs, pourquoi pas ? Par contre, je ne connaissais absolument pas la carrière professionnelle de vos proches, ni de votre cousin germain. J’avoue que j’ai visité votre site Internet personnel, mais il ne m’est pas venu à l’esprit de faire une recherche « googlistique » dans ce domaine. A ce sujet juste un mot ; dans le procès de Bernard Lewis, j’estime que les avocats ont fait leur métier et il ne m’appartient pas d’adresser une quelconque critique à l’égard de qui que ce soit. Néanmoins je pense que sur le fond le jugement du tribunal qui a condamné Lewis à payer des dommages-intérêts en raison de sa faute délictuelle est sujet à discussion. Pierre Nora expliquait dans une conférence à Paris qu’après cette condamnation Lewis avait quitté la France pour ne jamais y retourner (tant mieux ça fait un négationniste de moins) et n’a même pas voulu faire appel. Au risque de me tromper, je pense à titre personnel qu’un tel jugement constitue une violation flagrante de la fameuse Convention européenne des droits de l’homme et de la jurisprudence constante de la Cour de Strasbourg, mais bon passons.

    Quand vous dites « si vous affirmez que les Arméniens sont à l’origine de la réputation faite aux Turcs, c’est vraiment leur donner une force et une importance qu’ils sont, hélas, loin d’avoir ». Quant à la force des Arméniens surtout en France, je pense que vous faites preuve d’un esprit modeste, mais là n’est pas la question parce qu’au fond vous avez entièrement raison.

    Le mépris des Turcs a des sources beaucoup plus lointaines. Je vais essayer de donner quelques exemples. Pour Henry Morgenthau les Turcs qui ne savent que se servir des méthodes primitives n’auraient pas été capables d’entreprendre le déplacement de la population arménienne sans l’aide des Allemands. Il précise aussi que selon les confidences de l’Amiral Usedom le déplacement de la population arménienne est une recommandation allemande. (Ambassador Morgenthau’s Story, New York, 1919)

    Faut-il citer William Ewart Gladstone (1809–1898, homme politique anglais et premier ministre à quatre reprises) qui dans son pamphlet considère le Turc comme « le spécimen de l’inhumanité parmi les hommes ». Quant à James Bryce, juriste, historien et homme politique britannique, après quelques louanges aux Turcs, il affirme néanmoins que la race turque dans son ensemble, eu égard à ses pratiques étatiques et militaires, fait preuve d’un immobilisme, d’un désarroi et d’une incompétence désespérés » (Transcaucasia and Ararat, Londres, 1896)

    Comme vous voyez la mauvaise réputation des Turcs n’est pas un fait nouveau et il ne faut imputer aucune responsabilité aux Arméniens. Il ne s’agit que de la perpétration d’une tradition ancienne et bien ancrée. Donc bonne continuation…

  51. C’est vrai que nous sommes tellement habitués à être cofrontés à ce genre de discours que nous ne nous rendons plus compte qu’il n’est pas acceptable. Heureusement que certains ont la tête plus froide que d’autres et remettent les pendules à l’heure. Merci Yériché.

  52. Deniz, je tiens au D qu’il y a à la fin de mon prénom : c’est un prénom français qui m’a été donné parce que l’officier d’état civil a refusé de me donner le prénom Armenak qui était celui de mon grand-père paternel. Ce prénom, Armand, est aussi un point levé, et j’y tiens beaucoup, ne l’arménisez pas je vous prie, je ne vous ai moi jamais appelée Denise…

  53. Pratique négationiste habituelle : on prend un morceau de phrase et on en fait un discours. Deniz, vous avez omis le « Tiens, pour une fois,  » avant la phrase que vous citez, ce qui d’ironique qu’elle était en fait une phrase de soutien à vos opinions qui me soulève le coeur.

    Heureusement que tout ici est enregistré.

    C’est pas vraiment une mauvaise chose finalement que des propos négationnistes, tout immondes qu’ils puissent être, soient ici exposés aux yeux de tous: c’est la preuve flagrante de leur existence. Je pense là à nos jeunes qui ont souvent du mal à nous croire.

    Deniz, je ne peux pas vous répondre sur ce que vous affirmez sur le procès Lewis, contactez plutôt mon cousin, il saura, lui, quoi vous dire, il l’a déjà prouvé par ailleurs. On trouve son adresse sur Google, mais vous le savez déjà…

  54. Nous n’avons pas à répondre au négationnisme.

    Vous vous abaissez à répondre au bourreau qui vous dit : « Prouve-le ». Car celui qui nie se rend complice de l’acte.

    Nous nous sommes assez débattu dans nos fantômes, avec les terribles histoires qui ont fondés nos familles apatrides.

    A eux de prendre en charge leurs fantômes et se débattre comme le fait Deniz: il ne fait rien d’autre que se débattre pour ne pas être pris dans les griffes abjectes de son Histoire. C’est désolant mais c’est pour l’instant ce qui se passe en Turquie.

    Vive Orhan Pamuk!

  55. Dans Le Figuier de mon père de Vartan Berberian (éditions Anne Carrière 2006), il est dit je ne sais plus à quelle page, comment vers 1923 son père fut finalement autorisé après d’extraordinaires péripéties qui l’ont fait échapper au génocide, à quitter le pays sous deux conditions : 1 – renoncer à tous ses biens en Turquie, 2 – recevoir un nouveau nom ne lui permettant plus de prétendre un jour avoir été turc.
    Je ne sais pas pourquoi je raconte cette histoire, peut-être pour souligner comment fonctionne le mécanisme des génocides avec effecemnent complet des traces de l’identité, peut-être aussi pour signaler que je comprends le besoin exprimé par certains intervenants d’afficher ici leur véritable identité.

  56. Armand, s’agissant de votre condamnation du terrorisme arménien, le remerciement que je vous ai adressé était sincère. Remarquez que vous êtes un des rares participants qui n’hésite pas à dévoiler son identité et son site Internet. Vous avez pris une position qui vous honore en ne faisant pas l’amalgame entre les méchants Turcs dont l’assassinat ne pose pas de problème et les victimes innocentes dont on regrette la mort.

    Concernant le « d » de votre prénom, il ne s’agissait que d’une faute de frappe. Je ne voulais ni l’arméniser, ni le turciser (orthographiquement). Veuillez m’excuser.

    Vu l’heure tardive, je me suis sûrement mal exprimé et vous m’avez mal pris.

    Finalement, je vois que mes propos sont impopulaires. Je suis un négationniste selon un certain nombre d’intervenants.

    Je vais essayer d’expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec la comparaison que Yériché Gorizian semble faire entre mes propos et ceux de Faurisson.

    Quand cet antisémite provocateur qui s’appelle Faurisson dit : “il n’existe aucun ordre écrit comme orale, ni dans Mein Kampf et ni dans les archives Allemandes, qui prouve que Hitler voulait exterminer les Juifs”, son objectif n’est pas de prouver l’absence d’une intention génocidaire dans l’atrocité commise par les Allemands. Ce même type dit aussi que les chambres à gaz n’ont jamais existé. Donc il part du postulat que les faits matériels du crime de génocide comme les chambres à gaz n’ont aucune existence.

    Vous auriez pu établir un parallèle entre ces deux approches « négationnistes » si j’avais défendu l’idée que les massacres et les atrocités subis par la population arménienne étaient des contrevérités ou des affabulations. Or à plusieurs reprises, j’ai exprimé sur ce blog qu’il ne s’agissait nullement de discuter le drame, la tragédie que les turcs ont fait subir aux Arméniens, à la famille, entre autres, d’Armand ou Zabel.

    D’un point de vue juridique mon analyse peut se résumer ainsi : Il y a un corps inanimé. Quelqu’un a été tué. Le terme générique pour désigner cet acte est un assassinat. Les négationnistes disent : il n’y a pas de cadavre ou ce type était déjà mort ou l’arme du crime n’existe pas ou encore il a mérité la mort, etc.

    Moi, j’essaie de dire que le corps inanimé de la personne assassinée est bel et bien là. Sa famille souffre, ces enfants souffrent, ces amis souffrent. Leur vie sera bouleversée à jamais. La tâche des enquêteurs, du procureur, du juge d’instruction, des juges est de trancher s’il s’agit d’un homicide involontaire, d’un homicide volontaire ou d’un meurtre avec préméditation.

    Dans le génocide juif, un tribunal a décidé qu’il y avait préméditation, l’intention génocidaire, un plan concerté… Le problème est là… Vous êtes à la fois la victime, le juge d’instruction, le procureur et le juge… Dans votre condamnation vous nous demandez de nous taire éternellement et infiniment. La vengeance déguisée en justice, c’est notre plus affreuse grimace…

    Mais si vous dites que dans une démocratie l’on peut condamner sans procès, ni droit de défense… Je ne peux rien y ajouter.

  57. Quelle différence font les Arméniens entre « génocide » et « crime contre l’humanité » ?

    Et surtout, pkoi la qualification de « génocide » les apaise davantage que la qualification de « crime contre l’humanité » ?

  58. A l’attention de Sevan qui avait reproduit un article de Mehmet Ali Birand dans l’affaire Sarafyan/Halacoglu. Je voulais l’informer que ce dernier était revenu sur ses propos. D’ailleurs, vous devez sûrement le savoir puisque le rectificatif est sur le site de Turkishdailynews où vous vous êtes procuré l’article de M.A. Birand. A noter que j’avais rectifié cette information dans la note « talat pacha, un héritage polémique » en me référant à un article d’Ismet Berkan de Radikal en date du 15 mars qui avait pris soin de contacter le Pr Halaçoglu avant d’écrire sur cette affaire contrairement à M.A. Birand qui s’était contenté de l’information provenant d’un journaliste du journal Sabah, Fatih Altayli.

    Je vous copie l’extrait :

    Halaço?lu: ‘I did not make any restrictions’:

    I quoted journalist Fatih Altayl? in this column yesterday. Altayl? wrote that Turkish History Institute (TTK) President Yusuf Halaço?lu has introduced restrictions about opening archives while he could have taken an important first step with Armenian researcher Ara Sarafyan, resulting in the cancellation of the shared research project. I had not researched the subject again as I trusted the sources of the Sabah daily newspaper’s editor-in-chief. I have criticized professor Halaço?lu for this attitude and have written that Turkey has hurt itself unnecessarily.

    Professor Halaço?lu called yesterday and forwarded his e-mail correspondences with Ara Sarafyan. He said my article was inaccurate.

    According to professor Halaço?lu, the cancellation of this project does not have anything to do with any restrictions. “We did not even discuss what will be opened, what documents will be introduced yet. Moreover, I do not have the authority to open or restrict archives,” he said.

    Halaço?lu believes the main reason behind Sarafyan’s relinquishment is the reaction of the Armenian diaspora to such a project.

    I apologize for having made an incorrect evaluation.

    However, I would also like to add a footnote: These sorts of meetings should be disclosed to the press only after all preparations are made in detail and all conditions are confirmed. Otherwise, media-monitored meetings and discussions in front of the media can prove to be destructive. I would have expected someone as experienced as Halaço?lu to be much more sensitive about this issue.

  59. Deniz, vous admettez qu’il y a un cadavre mais vous refusez de désigner la manière dont il a été exécuté et par qui. Pour la Shoah, les alliés sont entrés dans les camps et ont recherché les criminels (tribunal de Nüremberg). Pour la Bosnie, les alliés ont aussi retrouvé les charniers et ont aussi recherché les criminels (CIJ de La Haye). Pour les arménins : rien, ce qui vous permet de dire qu’il ne s’est rien passé à part quelques victimes collatérales d ela guerre. Par ailleurs, les nazis ne niaient pas l’existence des chambres à gaz mais leur utilisation (gazage des poux pas des hommes).
    Piyaz, pour les arméniens je ne sais pas, mais pour moi c’est clair : parler de « crime contre l’humanité » est un progrès par rapport à « massacre » mais est insuffisant pour qualifier les évènements de 1915/1920 : il s’agit d’un concept ancien destiné à interdire à la fin du 19ème siècle l’usage de certains projectiles en temps de guerre aggravant inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat ou rendant la mort inévitable. La convention de La Haye en 1907 relative aux lois et coutumes de guerre constate que « les populations et les belligérants sont sous la sauvegarde et sous l’empire du droit des gens, tels qu’ils résultent des lois de l’humanité ». Ces proclamations solennelles n’eurent aucun effet et le Traité de Sèvres en 1920 faisant obligation à la Turquie de livrer les auteurs des évènements de 1915 en Arménie n’entra jamais en vigueur. Le crime contre l’humanité est aujourd’hui défini à l’article 7 du statut de Rome sur la CPI et s’applique à des attaques militaires généralisées portées à des populations civiles. L’article 6 du même statut définit le génocide comme des actes commis dans l’intention de détruire en totalité ou en partie un groupe national, racial ou religieux. Il s’agit donc de deux notions différentes exprimant deux réalités différentes : pourquoi voulez-vous à tout prix euphémiser : d’abord le silence (il ne s’est rien passé), ensuite l’acceptation d’horreurs (il y a eu des massacres mais mutuels), maintenant il y a bien eu « crime contre l’humanité » mais pas « génocide ». Appelez un chat un chat, VOUS NE PERDREZ PAS LA FACE POUR AUTANT, VOUS LA TROUVEREZ AU CONTRAIRE EN VOUS REGARDANT LE MATIN DANS LA GLACE.

  60. Sevan, vous avez raison. Mais l’absence de dialogue n’est pas une solution non plus. C’est évident que personnellement, je ne répondrai plus aux questions « bas-de-gamme » de Piyaz qui ne semble rien lire des intervention faites ici et sombre dans la provocation. Nous avons tous précisé qu’il n’y a rien à prouver et que l’Histoire est déjà écrite. Mais Deniz ici a un autre niveau de discours, et, de ce fait, connaissant il me semble les lois, est capable, par un jeu de manches, de faire dire n’importe quoi à n’importe qui, et sait ce que la loi lui autorise à dire comme paroles douloureuses pour nous, pour l’instant. Tant que la loi n’aura pas été ratifiée par le Sénat (tappez-moi sur les doigts si je me trompe) notre seul recours sera le dialogue, aussi pénible soit-il.

    Deniz, dans le canton de Vaud, en Suisse, où une loi anti-racisme solide existe (ratifiée et tout et tout), ce que vous dites pourait être poursuivi, ainsi que les médias qui vous donnent la parole. Le juge suisse a bien dit à la face de Perincek : « Monsieur, vous êtes un menteur! ». A Neuchâtel, où j’habite, la loi ne semble pas la même, et des journaux comme Le Matin, par exemple, laissent « passer » des horreurs dans leur courrier des lecteurs. Viendra un temps où on pourra vous dire en France un « taisez-vous » justifiable, et ce temps est proche. Et, s’il vous plaît, ne me ressortez pas votre argumentation navrante sur la liberté d’expression : rappelez-vous un peu les cours de philosophie sur la liberté que l’Ecole de la République vous a donnés. J’ai eu les mêmes que vous.

    Moi, j’en ai assez de souffrir de vos paroles tout-miel-tout-fiel.

  61. « C’est évident que personnellement, je ne répondrai plus aux questions “bas-de-gamme” de Piyaz qui ne semble rien lire des intervention faites ici et sombre dans la provocation »

    Non cher monsieur, je n’ai pas l’impression de poser des questions « bas de gamme » en demandant aux arméniens qui s’expriment sur ce forum s’ils fréquentent des Turcs ou en quoi la qualification de « génoicide » apaise davantage votre douleur que la qualification de crime contre l’humanité.

    Vous en avez peut être assez de souffir de « paroles tout-miel-tout-fiel », sachez que moi j’en ai assez de vos accusations alors que je prends soin ne de ne blesser personne. Si discuter avec des Turcs vous est insupportable et bien abstenez vous.

  62. Ma famille fréquente une famille arménienne du Liban depuis pratiquement 20 ans et je peux vous assurer qu’ils ne vous ressemblent en rien et qu’ils ne profitent pas de la moindre occasion pour nous jeter leur douleur à la figure.

    Tous les Turcs connaissent et fréquent des Arméniens mais je crois vraiment qu’il y a une différence FONDAMENTALE entre un Arménien de la diaspora (dont l’identité est construite autour de la reconnaissance du génocide et de la haine du turc, ne prétendez pas le contraire) et les Arméniens de Turquie qui sont capables de voir les Turcs autrement que des enfants de bourreaux.

    A chacun de faire un travail sur lui.

  63. piyaz:

    « nous jeter leur douleur à la figure. »
    pourquoi? notre douleur vous fait-il aussi mal?

    « Quelle différence font les Arméniens entre “génocide” et “crime contre l’humanité” ? Et surtout, pkoi la qualification de “génocide” les apaise davantage que la qualification de “crime contre l’humanité” ? »
    il y a peu de mots aussi lourds de sens que le mot « génocide ». Si vous ne comprenez pas la portée du mot…
    Donc, pour répondre à votre question, reportez-vous sur la signification de ce mot! cqfd

  64. deniz:

    “Si vous dites, si vous croyez, je ne suis pas d’accord…”

    Je pense que vous savez bien mieux que nous ce que représente le mot génocide, puisque vous vous échinez à l’éviter de toutes les façons possibles. Je ne crois pas que nous ayions besoin de vous prouver des choses, puisque vous n’êtes pas de ceux qui ne savez pas. Vous refusez de savoir, c’est différent.

    Il n’y a rien à faire, je crois.
    Vous ne voulez pas, vous ne voulez pas.

    Vous avez sûrement vos raisons, qui sont ce qu’elles sont (face à l’Histoire, je les crois insignifiantes). Mais je pense que ce n’est plus à nous de vous raisonner… mais à vous de vous départir de vos (FAUSSES) oeillères!

  65. “nous jeter leur douleur à la figure.”
    pourquoi? notre douleur vous fait-il aussi mal? »

    Aucun citoyen Turc vivant n’a du sang arménien sur les mains. Nous ne sommes pas responsables de votre douleur. Vos bourreaux sont morts depuis longtemps. Je m’attendais à discuter avec des gens matures capables de comprendre cette évidence.

    Je connais la différence entre génocide et crime contre l’humanité. La différence est très mince. D’ailleurs, un génocide est aussi un crime contre l’humanité. La différence est l’élement d’intentionnalité.

    Non je ne comprends que vous vous accrochiez à une qualification juridique parce que aucun tribunal ne pourra condamner l’empire ottoman qui n’existe plus, ni la Turquie qui n’est pas l’auteure de ces crimes.

    Regardez ce qui se passe en Suisse. Bocher a annoncé que la norme anti-raciste allait être modifée. Regardez ce qui s’est passé aux Pays Bas qui est revenu sur sa reconnaissance du génocide. La France ne pénalisera pas la négation du génocide avant de connaitre l’issue du procès Perinçek qui ira devant la cour européenne des droits de l’homme si nécessaire.

    A chaque fois qu’un pays européen pénalisera la négation du génocide, un citoyen turc se fera volontairement condamner pour poursuivre l’Etat en question devant une cour internationale.

    La bataille juridique n’est pas la solution.

  66. Bon, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Je vais donc vous répondre Piyaz.

    « Si discuter avec des Turcs vous est insupportable et bien abstenez vous ». Et bien non, cela ne m’est pas insupportable. J’ai travaillé avec des Turcs magnifiques, généreux, intelligents et gentils. Mais pas parce qu’ils étaient turcs, uniquement des êtres humains. Parler avec vous ou Deniz, n’est pas parler avec des Turcs, mais parler avec Piyaz et Deniz, deux personnes qui ont un discours qui me blesse. C’est édifiant comme vous prétendez représenter ce qui est turc ! Ma famille entière étaient turque, et je pense qu’il ne se reconnaîtraient pas en vous. Mes amis turcs non plus… C’est d’ailleurs une pensée extrêmement nationaliste de dire qu’il y a turc et pas turc. Palons de politique turque et restons en là, s’il vous plaît. Le reste donne froid dans le dos.

    « moi j’en ai assez de vos accusations » Quelles accusations? D’être nationaliste, vous l’êtes derrière chaque mot. D’être négationiste, également. Rien d’autre n’a été dit ici. Je pense, à vous lire que vous êtes française comme moi, et c’est d’autant plus impardonnable, comme l’a dit plus haut Yériché. De ne pas lire les post? C’est vraiment l’impression que vous donnez, je suis désolé.

    « ils ne profitent pas de la moindre occasion pour nous jeter leur douleur à la figure » Ben, chacun est libre, dans un pays libre, d’agir comme bon lui semble. Personnellement, chaque fois que j’ai l’occasion de parler avec un Turc, je suis obligé de faire passer le test. Et la suite de nos rapports dépendra de ce qu’il m’aura répondu. Et s’il y a discussion polémique, je dirais la vrai raison de mon combat pour la reconnaissance : la douleur, que voulez-vous…

    « un Arménien de la diaspora (dont l’identité est construite autour de la reconnaissance du génocide… » C’est vrai, quand on leur a enlevé territoire, pays, culture, famille, travail et, pour les dernières générations, la langue, il faut bien se reconstruire d’une manière ou d’une autre. Alors l’Arménien de la diaspora s’est reconstruit, je ne porte aucun jugement là-dessus et qu’on me tappe sur les doigts si je me trompe, s’est reconstruit sur sa victimisation et sa lutte pour s’en sortir. Même si la reconnaissance du génocide par Ankara déboucherait, peut-être, sur la fin du communautarisme arménien.

    « et de la haine du turc, ne prétendez pas le contraire » Non, pas de haine des Turcs, ni « du turc ». Ne me mettez pas dans la bouche ce que je n’ai d’une part jamais dit, et d’autre part, si j’ai pu avoir cette haine en moi à un moment de ma vie, cela n’a pas duré bien longtemps, je vous demande de me croire, je n’ai aucune haine dans ma tête, sauf peut-être la haine des cons, mais c’est une autre histoire.

    « les Arméniens de Turquie qui sont capables de voir les Turcs autrement que des enfants de bourreaux » Vous savez bien que les Arméniens de Turquie, qui sont des tous des Turcs (votre différenciation me fait froid dans le dos), au même titre que d’autes ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent. Ils en connaissent, hélas, le prix à payer.

    « A chacun de faire un travail sur lui » C’est bien ce que l’on vous demande de faire.

    « Aucun citoyen Turc vivant n’a du sang arménien sur les mains » C’est faux,ce n’est plus de l’hémoglobine certes, mais le même sang est toujours est toujours sur vos mains de par le déni que beaucoup d’entre vous (de moins en moins nombreux chaque jour)faites de l’histoire des arméniens de Turquie et, par là, de votre propre histoire. Le déni est la phase ultime du génocide et c’est ce que vous faites, consciemment, dans chaque mot de votre discours. Du sang, symbolique, d’arméniens, de turcs donc, vous en avez sur les mains.

    « Vos bourreaux sont morts depuis longtemps » C’est là qu’il faut relire, Piyaz, et essayer de comprendre : les bourreaux sont toujours là tant qu’ils n’auront pas été reconnus comme tels et jugés.

    « des enfants de bourreaux » Par votre discours, vous vous faites enfant de bourreau. Je pourrais aussi, ne pas me faire enfant de victime, mais je sais les dégats que cela pourra produire pour les avoir connus de près : je n’ai pas envie de devenir fou comme mon père et combien d’autres.

    « différence entre génocide et crime contre l’humanité » Si Ankara acceptait déjà la notion de crime contre l’humanité, ce serait un grand pas. Dans génocide, il y a un petit plus dans l’horreur, c’est la volonté politique. Personnellement, je touve que cette « nuance » est d’une importance capitale.

    « Regardez ce qui se passe en Suisse. B(l)ocher a annoncé que la norme anti-raciste allait être modifée » Monsieur Blocher est le Le Pen suisse. Il est hélas au gouvernement de par la spécificité du système suisse. Il est désavoué par tous les autres partis, et même au sein de son propre parti à cause de son extrémisme. La Suisse est un pays grand par sa tradition démocratique, et une loi ne peut pas être modifiée aussi facilement, et encore moins parce que Monsieur Blocher le souhaîte.

    « La France ne pénalisera pas la négation du génocide avant de connaitre l’issue du procès Perinçek » La France est un pays souverain et n’en a rien à cirer de ce qui se passe en Suisse.Ce que vous venez d’écrire va en faire rire quelques uns ici…

    « un citoyen turc se fera volontairement condamner pour poursuivre l’Etat en question devant une cour internationale » Pas nationaliste, Piyaz? Peut-être aussi kamikaze, faudrait ajouter ça comme accusation. Des phrases comme ça sont terrifiantes.

  67. Hay95, donnez votre nom que diable! Comme beaucoup d’autres l’ont fait ici. On ne peut pas affimer ce que vous avez dit, et que je ne partage pas de cette manière, sous un pseudo aussi dérisoire.

  68. Piyaz, vous dîtes chercher à comprendre mais je crois que vous ne voulez pas comprendre. Personne n’accuse les turcs des crimes commis par leurs grands-parents mais du négationnisme de leur crimes qu’ils affichent aujourd’hui. Aucun tribunal ne condamne ni ne condamnera un Etat (ottoman ou turc)pour des crimes commis il y a prés d’un siècle mais il continuera à condamner des individus pour la négation actuelle des crimes. Ce n’est pas non plus l’Allemagne qui était au banc des accusés à Nüremberg mais des dignitaires nazis. Votre amalgamme entre un individu et un Etat en dit long sur l’état réel de votre négationnisme.
    Vous préférez encore fréquenter 20 ans des arméniens qui ne vous diront pas un mot de leur histoire plutôt que d’écouter une semaine des arméniens vous en parler. Vous avez déjà oublié ce qu’Ahmet Kuyas disait sur ce blog :
    « Jusqu’à tout récemment, on vivait avec des arméniens qu’on côtoyait tous les jours en ignorant tout des massacres dont on ne parlait pas dans les manuels scolaires qui traitaient de la période ».

  69. Chers Armand et P’tit Loup,

    Je vous en prie, ne répondez plus à ce genre de personne. Seuls les icebergs fondent au soleil.

    En répondant avec vos tripes, vous vous faites encorte du mal. Et c’est ce qu’ils souhaitent.

    Ça suffit !!!

  70. tout est dit, mon cher Jean…

    « s’abaisser à répondre au bourreau qui dit à la victime: « Prouve-le » »

    Marc Nichanian, « La perversion historiographique. Une réflexion arménienne »

  71. Armand Arapian, comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je vais donc vous répondre.

    Vous dites : « Parler avec vous ou Deniz, n’est pas parler avec des Turcs, mais parler avec Piyaz et Deniz, deux personnes qui ont un discours qui me blesse ». Et bien, sachez que votre discours est loin d’être courtois et qu’il n’invite pas au dialogue. C’est bien vous qui avez écrit :

    « Mesdames Deniz et consort, par vos discours, vous êtes complices de ces gens-là, complices de ceux qui empêchent les Arméniens de dire leur douleur. Je n’en serait pas fier. Drôles de démocrates… ». Relisez vous. En 3 lignes, vous accusez Deniz et moi-même d’être complices des hackers turcs alors que vous prétendez plus haut que vous ne mettiez pas tous les Turcs dans le même sac. Vous nous accusez de vous empêcher de crier votre douleur, de ne pas être des démocrates. Alors que je n’ai pas soutenu ces hackers, que je ne vous ai pas empêché de vous exprimer. Au contraire, j’ai même regretté que les Arméniens de Turquie ne s’expriment pas davantage, qu’ils ne soient pas suffisamment écoutés. Ce n’est pas moi qui vous accuse de tenir des propos « bas de gamme » ou des propos « tout fiel » mais vous. Donc admettez que vous êtes insultant sans raison si ce n’est votre hostilité de principe.

    Vous dites « Ma famille entière étaient turque, et je pense qu’il ne se reconnaîtraient pas en vous. Mes amis turcs non plus ». Peut être que les Arméniens que j’ai connus ne se reconnaîtraient pas non plus en vous. Quand je suis venue en France à l’âge de 10 ans, ma première copine était une Arménienne de Turquie. Nous sommes devenues amies car nous étions toutes les deux des enfants d’immigrés ne parlant pas un mot de français et qui plus est originaire du même pays. J’ai également connu un Arménien avec lequel je suis devenue très proche. Comme je l’ai dit ma famille fréquente une famille Arménienne depuis 20 ans. Que savez-vous de moi ? Qu’ai-je dit de si blessant ? Sachez qu’il y a des Arméniens qui arrivent à entretenir des relations amicales avec des Turcs même s’ils ont une autre vision qu’eux sur les événements de 1915. Ca s’appelle être tolérant et accepter que l’autre puisse être différent. Si à chaque fois que vous rencontrez un Turc vous êtes obligé de lui faire passer un test comme vous dites, je vous plains.

    Si l’Arménien de la diaspora se construit autour de la haine du turc et de la reconnaissance du génocide, c’est dommage pour lui. Hrant Dink à qui que les Arméniens de la diaspora font mine de rendre hommage aujourd’hui leur demandait de se tourner vers l’Arménie pour se reconstruire et non vers une reconnaissance internationale qui pour lui n’avait aucune importance. Quant à la haine du Turc, elle est bien présente dans le cœur des Arméniens, ne prétendez pas le contraire même si vous dites que ce n’est pas le cas pour vous. Vous savez bien que certains d’entre vous ont puisé leur force dans cette haine et nous les Turcs nous ressentons cette haine.

    Quant aux Arméniens de Turquie, ils ont certainement des reproches et des revendications à formuler envers l’Etat turc mais ils ne haissent pas les Turcs. Hrant Dink disait que la chance des Arméniens de Turquie était justement de vivre avec les Turcs, que vivre avec les Turcs les guérissait de cette haine qu’ils pouvaient ressentir envers un Etat qui avait voulu occulter les événements de 1915 et ignorer leur souffrance. Au passage, je ne vois pas de mal à dire « les Arméniens de Turquie » puisque les minorités nationales en Turquie ont un esprit communautariste et veulent s’affirmer avec leurs différences.

    Quant au déni des Turcs, mon opinion est que le citoyen Turc ne peut pas savoir ce qui s’est passé en 1915 si on ne le lui dit pas. Je sais qu’il y a eu des massacres mais n’étant pas historienne, je ne peux qualifier ces massacres de génocide si on ne me dit pas d’une manière tàf officielle « l’empire ottoman a commis un génocide ». Qui a suffisamment d’autorité morale pour proclamer une telle vérité ? C’est très simple, soit il faut attendre que la société turque fasse son travail de mémoire ce qui peut prendre pls décennies soit on accélère ce travail de mémoire en demandant l’arbitrage soit d’une cour internationale soit d’une commission mixte d’historiens. C’est ma position et je n’en bougerai même si vous dites que je suis nationaliste ou négationniste. Il est très vrai que je ne veux pas que mon pays porte un si lourd fardeau sans qu’il soit démontré de manière CONTRADICTOIRE que l’empire ottoman a bien commis un génocide.

    Je vais en rester là.

  72. « Vous préférez encore fréquenter 20 ans des arméniens qui ne vous diront pas un mot de leur histoire plutôt que d’écouter une semaine des arméniens vous en parler »

    Je n’empeche personne de parler. D’ailleurs, je vais me taire et les écouter puisque mon discours les indispose.

  73. Bien sûr, vous n’avez pas les moyens de les en empêcher, Piyaz, donc la question ne se pose pas. Par contre, il ne suffit pas d’avoir des oreilles pour écouter, il faut aussi chercher à comprendre ce qu’on vous dit sans interpréter à sa façon. Vous opposez sans cesse les gentils arméniens de Turquie qui ne se plaignent pas de leur passé aux méchants arméniens de la diaspora qui ne vivent que par le passé. Vous avez au moins eu le mérite d’être venue à leur rencontre comme ils l’ont fait eux-mêmes en accompagnant 1 semaine Tristan et Alban à Istanbul
    Ecoutons donc ensemble ce silence…

  74. Révisez les procès Nuremberg Deniz, le mot génocide ne figure pas dans l’attendu de la décision…pour autant, cela ne signifie pas qu’il ne s’agit pas d’un génocide.
    Vous jouer à l’apprenti enquêteur, vous improvisez un peu d’histoire, et vous tentez même des arguties qui ressemblent de loin à du Droit.
    Mais la seule chose que vous arrivez à faire, c’est de blessé les gens qui sont les héritiers bien involontaire de ce génocide.
    Un amis d’origine arménienne m’a un jour dit  » je revendique le droit à l’oublie du génocide, mais le négationnisme m’y ramène sans cesse ».
    C’est moins la souffrance de ces nouvelles générations que l’arrogance des négationnistes qui m’a interpellé sur cette question.

    J’ignorai tout du génocide arménien jusqu’à l’apparition du négationnisme de la Turquie en France (et en Europe plus généralement).

    Je tient aussi à préciser que je n’ai, comme tout les gens qui s’expriment ici, aucun ressentiment contre les Turcs. C’est le négationnisme qui me révolte. J’ai des amis Turcs et l’un d’eux m’a dit un jour « quand on est en France, on finit par savoir qu’il y a eu un génocide arménien, parce que si on s’en intéresse sa saute aux yeux. Mais ça ne se dit pas sinon les autres Turcs nous traites de traître à la nation ».

    Justice puis fraternité, cela nous sauvera tous ;-)

    Bravo pour votre reportage Tristan et Alban je vous suit avec un énorme intérêt.

  75. Oui, Jean, tu as raison en ce qui concerne l’iceberg, et j’en suis bien conscient. Mais si nous n’avions pas intervenu ici, lassés et habitués que nous sommes au discours officiel turc, il n’y aurait eu que celui-là sur cet espace magnifique de discussion que Tristan et Alban mettent à notre disposition. Ce n’est pas admissible. Et puis, le but d’une discussion n’est-il pas de remettre ses idées en place en les « frottant » à celle des autres. Cela a été un bonheur pour moi de rencontrer en pensée certaines personnes ici. Les autres, ben faut faire avec… Quant au mal que cela me fait, il nourrira mon action.

  76. Je constate que les revendications de génocide ont commencées dans les années 80 et s’est amplifié avec le rapprochement de la Turquie avec l’Europe. D’un point de vue géopolitique l’Arménie est enclavée elle voudrait récupérer les territoires de l’est de la Turquie grace à un plan en 3 phases: acceptation du génocide par la Turquie, dédommagement et récupération des territoires de l’est de la Turquie. Est-ce qu’elqu’un me contredira sur ce point? Mais le probleme est qu’en 1915 la Turquie nexistait pas pour ce qui l’ont oublier et la Turquie a été creer en rupture avec l’empire ottoman.

    Si l’on banalise le mot génocide ne pensez vous que le débat sera unilatéral et que les arméniens aussi lorsqu’ils se sont révoltés ont voulu supprimer les turcs de l’Est pour créer la grande Arménie avec le mont Ararat. Parlons alors pas d’un mais des génocides, et de celui de l’Algérie, de l’Azerbaidjan….

  77. les negationnistes ne cherchent ni la paix ni la reconciliation, et de plus, contribuent a stigmatiser les turcs en general.

    il serait temps que la loi passe pour qu’on envisage un dialogue serieux

  78. Les raisons des revendications sont multiples évidemment, à la fois personnelles et générales. Je pense que certains revendiquent les terres, j’en ai entendu parler. Personnellement, je n’ai pas envie d’infliger aux enfants turcs le déracinement qui a été infligé à mes grands-parents, et de plus, mon pays, c’est la France maintenant.

    Si personnellement j’ai des revendications, c’est qu’on nous laisse enterrer nos morts pour qu’ils cessent de nous hanter: enterrer les morts c’est d’abord les reconnaître, c’est désigner les assassins, et pour toujours dans les livres d’histoire. C’est déjà fait dans plein de pays. J’ai pleuré de joie quand j’ai ouvert le livre d’histoire de mon fils sur les pages qui relatent ce qui s’est passé dans ces années terrible. La Suisse est un grand pays. J’aimerais la même chose en Turquie…

    J’ai un rêve.

    J’aimerais, non pas récupérer notre maison d’Ak-Chéhir, ni aucun dédommagement, j’aimerais seulement qu’il y ait écrit sur une plaque à côté de la porte: « Dans cette maison ont vécu Armenak Arabian et Maryam Mesdjian, ici sont nés Verkiné, Movses et Kourken ». J’aimerais que devant cette plaque une bougie brûle en permanence.

    A Ak-Chéhir, il y a encore une église arménienne. Ses fenêtres et sa porte sont condamnées. J’aimerais être là, ce 24 avril, quand les fenêtres murées et la porte voleront en éclats. J’aimerais y entendre la messe de Komitas. J’aimerais ce jour-là y chanter « i vérin yeghousarem… », pour que nos morts puissent se relever encore mais retourner cette fois-ci enfin reposer dans leur terre, dormir en paix, chez eux.

    J’aimerais pouvoir aller à Ani sans être obligé de donner un bakchich au militaire pour prendre des photos. J’aimerais que les murs des églises couvertes d’herbes folles se relèvent, et que leurs coupoles s’arrondissent à nouveau.

    J’aimerais qu’il y ait des monuments tout le long de la route vers Deir Ez Zor, et le long de l’Euphrate, pour pouvoir aller pleurer en paix, et honorer tous ceux qui n’auront jamais de sépulture, pouvoir y laisser couler mes larmes enfin, sans avoir peur de recevoir la balle d’un fanatique dans le dos.

    J’aimerais que ceux qui ne veulent pas comprendre comprennent.

    J’aimerais serrer la main à un Turc sans me poser de question et sans lui en poser.

    J’aimerais être léger…

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